ACTE TROISIÈME
LE COMTE
Je n'ai rien.
MADAME GODEFROY
Si, vous paraissez préoccupé.
LE COMTE
Oui, je suis très-troublé...
MADAME GODEFROY, avec intérêt.
Qu'avez-vous?...
LE COMTE
Vous me connaissez depuis longtemps.
MADAME GODEFROY
Eh bien ?
LE COMTE
Il faut que je vous demande quelque chose, mais vous répondrez bien sincèrement?
MADAME GODEFROY
Demandez.
LE COMTE
Suis-je un honnête homme ?
MADAME GODEFROY
Vous ?
LE COMTE
Moi!
MADAME GODEFROY
Vous plaisantez!
LE COMTE
Enfin, même au milieu de mes désordres passés, avez-vous entendu dire que j'eusse commis une infamie, une lâcheté;, une indélicatesse, et vous, m'en croyez-vous capable?
MADAME GODEFROY
Une infamie, une lâcheté, une indélicatesse, quels sont ces mots-là ?
LE COMTE
Ce sont les seuls, et le dernier est trop doux.
MADAME GODEFROY
Mais enfin?
LE COMTE
Devinez ce dont on m'accuse?
MADAME GODEFROY
Je l'ignore, mon ami.
LE COMTE
Cet homme que vous venez de voir, qui me connaît depuis vingt-cinq ans (il est vrai que son honorabilité est douteuse, mais enfin il ne suffit pas d'être bien jugé par les gens honorables), cet homme se figure, et il trouve cela tout simple, que mon fils est jaloux de moi au sujet de sa femme, que, moi, je fais ce que je peux pour donner raison à cette jalousie, et qu'André serait enchanté de me voir partir. Qu'en dites-vous?
MADAME GODEFROY
Rien.
LE COMTE
Comment, rien?
MADAME GODEFROY
Tout cela est possible, mon pauvre ami!
LE COMTE
Possible ! Vous aussi, alors ?
MADAME GODEFROY
Oh! mon avis, à moi, est que les gens qui vous connaissent ne sauraient se tromper sur votre compte; mais ceux, et c'est le plus grand nombre, qui n'ont entendu parler que de votre luxe, de vos prodigalités, de vos amours, sont prêts à accueillir sur vous les contes les plus ridicules; or, l'opinion est faite par le plus grand nombre, et elle n'a pas de terme