‹ Comédies et comédiens, feuilletons. 2. sérChapitre 204 sur 245 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

LE COMTE

Je n'ai rien.

MADAME GODEFROY

Si, vous paraissez préoccupé.

LE COMTE

Oui, je suis très-troublé...

MADAME GODEFROY, avec intérêt.

Qu'avez-vous?...

LE COMTE

Vous me connaissez depuis longtemps.

MADAME GODEFROY

Eh bien ?

LE COMTE

Il faut que je vous demande quelque chose, mais vous répondrez bien sincèrement?

MADAME GODEFROY

Demandez.

LE COMTE

Suis-je un honnête homme ?

MADAME GODEFROY

Vous ?

LE COMTE

Moi!

MADAME GODEFROY

Vous plaisantez!

LE COMTE

Enfin, même au milieu de mes désordres passés, avez-vous entendu dire que j'eusse commis une infamie, une lâcheté;, une indélicatesse, et vous, m'en croyez-vous capable?

MADAME GODEFROY

Une infamie, une lâcheté, une indélicatesse, quels sont ces mots-là ?

LE COMTE

Ce sont les seuls, et le dernier est trop doux.

MADAME GODEFROY

Mais enfin?

LE COMTE

Devinez ce dont on m'accuse?

MADAME GODEFROY

Je l'ignore, mon ami.

LE COMTE

Cet homme que vous venez de voir, qui me connaît depuis vingt-cinq ans (il est vrai que son honorabilité est douteuse, mais enfin il ne suffit pas d'être bien jugé par les gens honorables), cet homme se figure, et il trouve cela tout simple, que mon fils est jaloux de moi au sujet de sa femme, que, moi, je fais ce que je peux pour donner raison à cette jalousie, et qu'André serait enchanté de me voir partir. Qu'en dites-vous?

MADAME GODEFROY

Rien.

LE COMTE

Comment, rien?

MADAME GODEFROY

Tout cela est possible, mon pauvre ami!

LE COMTE

Possible ! Vous aussi, alors ?

MADAME GODEFROY

Oh! mon avis, à moi, est que les gens qui vous connaissent ne sauraient se tromper sur votre compte; mais ceux, et c'est le plus grand nombre, qui n'ont entendu parler que de votre luxe, de vos prodigalités, de vos amours, sont prêts à accueillir sur vous les contes les plus ridicules; or, l'opinion est faite par le plus grand nombre, et elle n'a pas de terme

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