‹ Comédies et comédiens, feuilletons. 2. sérChapitre 205 sur 245 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

moyen. Pour elle, du moment qu'on est entré dans certaines habitudes, on est capable de tout. Certes, il est original et amusant de traiter son fils en ami, en camarade, en compagnon, et de lui laisser voir tout ce qu'on fait; mais à une condition, c'est que toutes vos actions seront ses exemples, sinon elles deviendront ses excuses, le jour oii il lui plaira de se mal conduire. Êtes-vous bien sûr que toutes vos actions pouvaient et devaient être connues de votre fils ?... Vous vous êtes donc trompé, mon ami. Suivez l'opinion depuis votre jeunesse, écoutez ses flatteries, ses hésitations, son arrêt... « Connaissez-vous ce jeune comte Fernand de la Rivonnière qui vient d'arriver à Paris avec sa femme?... Il est charmant, il a un enfant adorable^ ils sont heureux... ils le méritent bien. — Madame de la Rivonnière est morte. — Comment! cette ravissante femme?... Quel malheur! — Le mari est inconsolable!... — Pauvre jeune homme!... Toutes les femmes sont pour lui. — Au bout de deux ans, il reparaît dans le monde. — Ah! il se console. — Il ne peut pourtant pas pleurer toute sa vie! A vingt-quatre ans! — Comme il reçoit bien! — Les beaux chevaux !... les belles chasses!... les excellents dîners !... la bonne maison!... Il est donc bien riche? — Trois ou quatre fois millionnaire. — Oh! oh ! c'est beaucoup dire. — Il mange un peu du capital. — On dit qu'il est l'amant de la baronne de... de la comtesse de... de la duchesse de... —Son fils a quinze ans ; l'avez-vous vu?... Son père le conduit partout. — Il a tort. — Il a raison. — Qu'il prenne garde 1 le jeune homme a une maîtresse. — Ah ! ah! — Une fille de théâtre. — Que dit son père?... — Le père trouve cela tout naturel; comment voulez-vous que le père, qui a été un viveur, empêche son fils d'en être un?... Bon chien chasse de race. — Vous savez que les la Rivonnière sont ruinés ou peu s'en faut. — Cela devait finir ainsi ; mais le père va se marier avec mademoiselle de Brignac. — Est-ce possible? — C'est certain. -- Vous connaissez la nouvelle? C'est le fils qui a épousé mademoiselle de Brignac, et c'est le père qui a fait le mariage. — Et le père?... — Il vit

avec les jeunes époux; et il est rangé. — Allons donc ! il y a quelque chose là-dessous... Lui, rangé?... c'est impossible!... Il est amoureux, bien sûr. — De qui?... — De mademoiselle de Brignac. — iMais... mais mademoiselle de Brignac est la femme de son fils. — Qu'importe? oh! vous ne le connaissez pas... lui!... un libertin, un débauché! — Au fait, pourquoi pas?... Il conduit sa bru au bal... au spectacle... pendant que son fils est absent. Il ne laisse approcher personne. Il est jaloux... il la couvre de présents, il achève de se ruiner pour elle... C'est un scandale ! — Alors, il est l'amant de sa bru ?. .. — - Il l'était peut-être avant!... qui sait? — Oh! »

LE COMTE

Infamie! et quel est le misérable?...

MADAME GODEFROY

Ce misérable, c'est on ne sait qui, et, le jour où vous chercherez querelle à quelqu'un à ce sujet, ce ne sera plus personne, ce sera tout le monde.

LE COMTE

Et vous croyez qu'André lui-même?...

MADAMK GODEFROY.

Je crois votre fils incapable d'une supposition indigne de vous et de lui... Il vous aime comme par le passé, j'en suis certaine; seulement, il aime sa femme comme vous aimiez la vôtre, et il veut la voir heureuse et respectée. Il craint donc, non pas que vous ne lui donniez de mauvais exemples ou de mauvais conseils, mais que vos habitudes ne la détournent de la route qu'il veut qu'elle suive; alors...

LE COMTE

Alors, il serait enchanté d'être débarrassé de moi !

MADAME GODEFROY

Vous le calomniez.

LE COMTE

Nous allons bien le savoir; le voici. .

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