‹ Comédies et comédiens, feuilletons. 2. sérChapitre 27 sur 245 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

une faute avec un homme d'une .position supérieure à la sienne, est épousée par cet liomme, on ne dit pas : (f Elle a été confiante; » on dit : « Elle a été adroite. » Je ne suis pas une fille adroite et je ne veux pas qu'on le dise.

Alors, sais-tu ce qui arrivera ? Il arrivera qu'un beau jour M. Sternay te plantera là, toi et ton fils, et ce sera bien fait.

CLARA

Tu ne le connais pas.

ARISTID E.

Elles sont toutes les mômes; chaque femme se croit une exception et se figure qu'il ne lui arrivera jamais ce qui est arrivé aux autres. — Va demander aux rivières et aux marchands de charbon comment ont fini des milliers de jeunes filles qui parlaient comme toi, sans compter celles qui ont mieux aimé vivre, Dieu sait comment.

CLARA

Celles-là n'avaient pas, comme moi , un enfant à aimer ; j'en ai un, et, quoi qu'il arrive, je vivrai pour lui comme pour moi, honorablement. Ce que j'ai de mieux à faire, c'est de me fier à la délicatesse de Charles, qui m'aime, quoi que tu dises. Toutes les fois qu'il a un chagrin, une difficulté avec sa mère, qui est très-sévôre pour lui, il vient me le conter. Il m'apporte toutes ses tristesses : quelle plus grande preuve d'estime peut-il me donner ? Non, je le connais. C'est un homme faible ; mais c'est un honnête homme. Et puis je l'adore, voilà mon excuse dans le passé, voilà mon espérance pour l'avenir. Enfin c'était à moi de ne pas l'écouter, si je n'avais pas confiance en lui. Que gagnerais-je à me faire exigeante et à irriter sa mère contre moi ? Non, patientons, procédons par la douceur, qu'il n'ait rien à nous reprocher, tout est là. D'ailleurs, je n'ai d'autres droits que ceux qu'il veut bien me donner. Avec le temps, Charles

verra qu'on l'aime ici, et ne pourra plus se passer de nos affections. En attendant, tu vas voir que je suis fine : je lis, j'apprends, je m'instruis ; je m'élève autant que possible à la hauteur de la position que je rêve dans un avenir lointain. Il ne faut pas qu'il puisse rougir de sa femme. Mon éducation a été fort négligée, je la recommence pour faire celle de mon fils. Tu ne saurais croire combien de charmes je trouve dans le développement, par moi-môme, de mon intelligence attardée. Chaque fois que Charles me revoit, il me retrouve plus savante, il prend plus de plaisir à causer avec moi, et je sens bien que son amour-propre est flatté. Que te dirai-je enfin? Je travaille, je prends soin du petit; nul ne me connaît, je ne fais de mal à personne, je vis ici avec ma tante, qui nous soigne toujours mieux que ne ferait une étrangère ; mon fils grandit, il est sauvé, il est intelligent, il m'aime, j'espère: ne me retire pas ma confiance, laisse-moi croire encore au bien, et à la grâce de Dieu !

ARISTIDE

N'en parlons plus ! Tu m'écriras de temps en temps pour me donner de tes nouvelles, et tout à toi de loin comme de près, plus tard comme aujourd'hui.

CLARA

Est-ce que tu repars bientôt?

ARISTIDE

Ce soir ; Victoire m'attend. Elle m'a dit : « Je compterai les minutes. » Tu m'écriras.

CLARA

Et si ta femme est jalouse ?

ARISTIDE

Elle sait que je te connais et que je suis venu te voir ; je ne lui cache rien. « Vous avez raison, m'a-t-elle dit, et faites out ce que vous pourrez pour cette brave fille. »

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