‹ Comédies et comédiens, feuilletons. 2. sérChapitre 26 sur 245 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

CLARA

Trois ans.

ARISTIDE

Mais, quand l'enfant a trois ans... c'est vrai, il y a trois ans que j'ai été le déclarer à la mairie ; le 5 février 1816; comme le temps passe ! Eh bien, je disais que, quand l'enfant a trois ans, que le père ne l'ait pas encore reconnu, lorsque la mère se conduit comme tu le fais, voilà ce que je n'admets pas. Si M. Sternay mourait demain, d'une chute de cheval ou de n'importe quoi, qu'est-ce que tu deviendrais avec un enfant sans fortune et sans nom? Étais-tu une honnête fille quand il lui est venu idée de s'occuper de toi? — Oui, n'est-ce pas? — Eh bien, il y a des situations qui engagent toute la vie d'un homme. Tant pis pour lui ! Un homme de vingt-sept ans n'est plus un bambin ; il sait ce qu'il fait. Voilà un monsieur qui vient passer trois mois d'été dans le château de sa mère, parce qu'il n'a plus d'argent pour rester à Paris. Au bout d'un mois d'une existence purement matérielle, des idées d'amour lui passent par l'esprit. Le château est à qumze lieues de la ville! Pas une femme jeune à qui faire la cour, rien que des duègnes à lunettes et à robe amarante grignotant une partie de whist dans un grand salon à boiseries grises. Ce n'est pas gai — je le veux bien — mais ce n'est pas ta faute. Un jour, ce monsieur traverse la lingerie, pour aller prendre des instruments de pêche dans un grenier, et il aperçoit une jeune fille qui coud près d'une fenêtre. A quoi tient la destinée ! madame Sternay avait demandé une ouvrière à la ville pour raccommoder son linge ; — on favait envoyée là. Trente sous par jour, la nourriture et le logement pendant un mois ; tu ne pouvais pas laisser échapper une pareille aubaine, et puis c'était une maison honorable ! M. Sternay avait pour lui la jeunesse, l'esprit, l'élégance, l'entraînement et l'éloquence que donnent à un homme de vingt-sept ans la vie de la campagne et une occasion comme celle qu'il rencontrait. Tu étais seule au monde, tu as aimé, tu as cédé ; tu

n'es pas la première. Aujourd'hui, ce n'est plus cela; tu as un enfant ; tu vis comme une honnête femme ; il faut que ton enfant ait un sort, il faut surtout qu'il ait le nom de son père. Je suis le parrain de l'enfant ; je n'ai pu lui donner qu'un nom de baptême, c'est à M. Sternay de lui donner un nom de famille. Veux-tu que j'aille trouver M. Sternay?

CLARA

Jamais !

ARISTIDE

Parce que?...

Parce que je ne veux forcer en rien la volonté de Charles.

ARISTIDE

Si tu avais cent mille livres de rente, crois-tu que tu aurais besoin de forcer sa volonté pour qu'il t'épousât? — Non, n'est-ce pas? — Eh bien, quand un homme n'a à reprocher à la mère de son fils que de ne pas avoir cent mille livres de rente, son devoir est de l'épouser comme si elle les avait.

CLARA

Malheureusement, mon cher Aristide, Charles n'est pas maître de toutes ses actions.

ARISTIDE

Il n'est maître que des mauvaises, je le vois bien.

CLARA

Tu le juges mal. S'il ne dépendait que de lui seul, je serais sa femme depuis longtemps.

ARISTIDE

11 te l'a dit?

CLARA

Bien des fois. Et si j'avais cent mille livres de rente comme lu le disais tout à l'heure, ce mariage se ferait tout de suite, ce n'est pas douteux, parce que la famille ne pourrait pas m'accuser de calcul. Quand une pauvre fille, qui a commis

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