ACTE PREMIER
LA MARQUISE
Quelle route ?
HERMINE, montrant le fond.
Tenez, bonne maman, la petite route qui est là-bas. En vous levant un peu, vous pourrez la voir.
Avec qui était-il'
HERMINE
Il était tout seul.
LA MARQUISE
Qui vous l'a présenté?
HERMINE
Lui-même.
LA MARQUISE
Et votre tante l'a reçu ?
HERMINE
De grand cœur !
LA MARQUISE
Dites donc, mon frère ?
LE MARQUIS
Ma chère sœur ?
LA MARQUISE
Vous entendez ?
LE MARQUIS
Parfaitement.
LA MARQUISE
Qu'est-ce que vous en dites?
Vous voyez, je n'en dis rien.
LA MARQUISE
Ceci vous paraît tout simple ?
LE MARQUIS
Mais oui ; une route dans la campagne, un monsieur sur cette route et d'autres personnes sur cette route en même temps que ce monsieur, cela se voit tous les jours.
LA MARQUISE
Alors, il vous paraît simple qu'on promette la main d'une jeune fille à un homme qu'on a rencontré sur une route; car un individu qui passe sur une route et qu'on ne connaît pas, ce n'est pas un monsieur, c'est un homme.
LE MARQUIS
D'abord on n'a pas promis la main d'Hermine à M. de Boisceny, on l'a seulement autorisé à vous la demander, quand vous viendriez, comme vous faites tous les ans, passer quelques jours ici ; ensuite il me paraîlrait aussi simple de promettre une fille à un monsieur rencontré sur une route, qu'on reconnaît tout de suite pour un homme du monde, et qui plaît à la jeune fille, qu'à un monsieur qu'elle n'a jamais vu.
LA MARQUISE
Vous ne savez pas ce que vous dites.
LE MARQUIS
Alors, il ne faut pas demander ce que j'ai à dire.
HENRIETTE
Si vous connaissiez M. de Boisceny...
C'est bien ce dont je me plains, de ne pas le connaître.
HENRIETTE
Je veux dire que, si vous l'aviez vu une fois, vous le jugeriez comme nous le jugeons : c'est le hasard qui nous l'a présenté, il est vrai ; mais j'ai été bien vite à même d'apprécier chez M. de Boisceny une grande élévation d'idées et de caractère. Je ne vois pas ce qu'il peut y avoir d'extraordi-