‹ Comédies et comédiens, feuilletons. 2. sérChapitre 47 sur 245 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

vous avez signé madame Sternay, née d'Orgebac ; votre mari mort, vous avez mis seulement marquise d'Orgebac, et vous avez fini par croire vous-même que vos enfants étaient de la première noblesse de France. C'est une erreur, ma chère sœur, c'est même plus qu'une erreur, c'est un ridicule qu'on vous passe parce que vous êtes vieille et qu'en France on passe tous les ridicules ; mais, quand nous sommes en famille et qu'il s'agit de la noblesse d'un prétendant à la main d'Hermine, vous pouvez ne pas vous montrer trop exigeante, puisque vous êtes une bourgeoise et que vos enfants sont des bourgeois, de simples bourgeois, ce dont ils ne rougissent pas. C'est moi qui suis noble ; il n'y a que moi qui aie le droit de porter notre titre et notre nom de d'Orgebac, qui ne me servirait de rien du tout, si je n'avais eu la bonne idée de faire ma fortune dans l'Inde ; et, comme je n'ai pas d'enfants, le grand nom des d'Orgebac, illustré par les fantaisies de notre aïeule Christine-Angélique , comtesse d'Orgebac, dame de Parvilliers et d'autres lieux-, va s'éteindre définitivement le jour oii je consentirai à mourir, les nobles comme nous ne mourant que le jour oià ils le veulent bien. Croyez-moi, ma sœur, prouvons notre bonne naissance par les qualités et non par les exagérations de la noblesse ; n'en veuillez pas à votre fils d'avoir attaché son nom à une industrie honorable : il a d'autres défauts à critiquer, et ne chicanons pas trop M. de Boisceny sur l'ancienneté de son nom. L'important est qu'il soit un honnête homme, qu'il aime Hermine et qu'il soit aimé d'elle. C'est l'homme qui fait le titre et non le titre qui fait l'homme... Là-dessus, je m'assieds, car je n'en ai jamais tant dit, même à la Chambre des pairs dont je suis, ma sœur, et dont vous vous n'êtes pas ! Quelle honte !

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