M. HECTOR BERLIOZ
M. FRAMERY. — MoiisieuF, VOUS plairait-il de nous dire si c'est ici l'Opéra ?
LE CONTRÔLEUR DU THEATRE-LYRIQUE. — MeSSicUFS,
VOUS en êtes à deux lieues; c'est ici le Théâtre- Lyrique. Mais d'où venez-vous donc?
M. FRAMERY. — De l'autrc monde.
LE CONTRÔLEUR. — J'aurais dû m'en douter à vos habits surannés, à vos jabots de dentelle, à vos perruques, à vos tricornes, à vos culottes courtes et à vos souliers à boucles d'argent.
M. FRAMERY. — Priscz-vous, mousicur?
LE CONTRÔLEUR. — Grand merci, j'ai autre chose à faire. Mais rangez-vous, je vous prie. Vous voyezqu'on se bat pour entrer.
M. FRAMERY. — Pardouncz-nous, monsieur; nous sommes une compagnie d'honnêtes gens qui aimions fort, dans notre temps, la musique, mais qui aimions surtout à disputer. Nous avons rempli les-journaux de nos querelles, inondé Paris de nos brochures. Heureusement que nous étions polis ; ce qui ne nous empêchait pas, dans la chaleur de nos discussions, de nous traiter d'ignorants, d'anes et d'imposteurs. Moi, qui vous parle, j'étais parodiste de profession. Je me
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nomme Framery, pour vous servir, grand admirateur de Sacchini, de Piccini, et de tous les musiciens en i, les seuls, à mon sentiment, qui se connaissent en musique. Voici M. Marmontel, un aimable philosophe, un homme de beaucoup d'esprit, bien qu'il ait le mauvais goût de préférer Orphée à Golconde ; moi, j'aime mieux Golconde^ et je soutiens que M. Gluck a pillé Sacchini. Voici M. de La Harpe qui est à peu près de mon avis ; seulement il se plaît à reconnaître le génie de M. Gluck, et il dit que ce grand compositeur serait parfait s'il n'était si criard, si monotone et si ennuyeux. Son voisin, qui a la tournure et les manières d'un abbé, est le plus convaincu, le plus enthousiaste et le plus acharné partisan de la musique allemande et de la tragédie déclamée. Il désire garder l'anonyme depuis qu'il a écrit des lettres fort plaisantes qu'il signait : V Anonyme de Vaugirard. Quant à ce bourru qui se tient à l'écart , le nez dans son manteau, vous pouvez le reconnaître à sa bonne grâce et à son aménité^: c'est Jean-Jacques. Je ne sais vraiment ce qui l'amène ; il n'aime point le spectacle, il déteste également les Italiens, les Allemands et les Français; il a pris l'univers en grippe, et si je ne craignais
pas de manquer de politesse, je lui dirais que sa place n'est pas ici, mais à Charenton.
LE CONTRÔLEUR. — Mais, monsicur, vous barrez le passage, et vous m'empêchez de contrôler mes billets. Je vais être obligé, à mon grand regret, d'appeler un sergent de ville. *
M. FRAMERY. — Nous disputious, comme jiavais l'honneur de vous le dire, sur la mélopée et sur l'épopée, sur la cadence et sur le trille, lorsque la mort nous surprit les uns après les autres ; mais le combat ne finit point faute de combattants ; nous avons continué de disputer dans l'autre vie, et voilà près de quatre-vingt-six ans que durait la dispute. Le souffle nous a manqué à la fin, non les arguments; nous nous reposions; nous faisions trêve un instant pour reprendre haleine ; on a cru que nous étions d'accord. La chose était si bizarre et si nouvelle qu'on a voulu nous récompenser de notre sagesse, et on nous a donné congé pour trois jours. «'Allez-vous en là-bas, nous a-t-on dit; vous verrez ce que sont devenues vos vieilles idoles et vos vieilles querelles. » Je croyais, de trèsbonne foi, que M. Gluck et ses ouvrages étaient, depuis plus d'un demi-sièchî, complètement morts et
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enterrés. Quel a été mon étonnement, lorsque j'ai lu sur la première affiche qui m'est tombée sous les yeux qu on iousiit Orphée /
M. MARMONTEL. — Cela HB m'a point surpris du tout; j'ai toujours dit que lés œuvres de M. Gluck avaient la marque du génie, et qu'elles survivraient à "bien des compositions protégées par la mode et le mauvais goût de l'époque. Ce qui m'étonne, c'est qu'on ne joue plus M. Gluck à l'Opéra. '
LE CONTRÔLEUR. — Si VOUS ne veniez pas de si loin vous sauriez qu'il y a longtemps qu'il s'est fait mettre à la porte.
l'anonyme DE VAUGiRARD. — Poupquoi donç, monsieur?
LE CONTRÔLEUR. —Je uc sais; apparemment qu'il s'est mal conduit.
M. FRAMERY. — Là, j'en étais sûr 1
l'anonyme. — Taisez-vous donc, vous ne savez ce que vous dites.
le contrôleur. — Sont-ils polis t
M. MARMONTEL. — Mais, mousicur, par quelle heu* reuse rencontre a-t-on songé à monter Orphée au Théâtre-Lyrique?
LE CONTRÔLEUR. — Il faudrait le demander à M. Carvalho, notre directeur. On a fait tout ce qu'on a pu pour le détourner de cette folie; mais il est créole et entêté. Il a eu pitié de ce pauvre chevalier Gluck, qui ne trouvait plus d'asile nulle part, et qui serait bientôt devenu le chevalier de la triste figure, si on ne lui avait offert la môme hospitalité qu'à deux autres grands maîtres qu'on déclarait également injouables, Weber et Mozart.
M. MARMONTEL. — A la bonnc heure t
LE CONTRÔLEUR. — Maintenant, messieurs, retirezvous de grâce; on commence.
l'anonyme. — Qu'est-ce à dire? Nous avons nos billets; nous venons de les acheter à un brave homme qui nous les a revendus trois fois plus cher.
LE CONTRÔLEUR. — Il fallait les prendre au bureau.
M. FRAMERY. — Belle raisou I le bureau était fermé.
M. DE LA HARPE. — Veuillez nous indiquer, monsieur, le coin du roi et le coin de la reine.
LE CONTRÔLEUR. — Il n'y a plus de coins dans nos 'théâtres, et on ne s'y prend plus aux cheveux; la police y a mis bon ordre. Montrez-moi vos placer Vous
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êtes au premier rang de l'orchestre, tout près des musiciens.
M. DE LA HARPE. — Tant pis, tant pis; je n'aime point le tapage. Le bruit et les cris sont les grands moyens de M. Gluck. « Mais quand ces cris reviennent trop souvent; lorsque dans les airs même, ils prennent la place de ces phrases de chant à la fois pathétiques et mélodieuses, qui vont à l'àme sans' eti'rayer l'oreille, et telles qu'on les admire dans les beaux airs des Ilaliens et de leurs élèves, alors on est assourdi plutôt qu'éinu; ce rude ébranlement des organes nuit à l'émotion de l'âme; on s'aperçoit que l'auteur a mis trop souvent toute son expression dans le bruit et tous ses moyens dans les cris. Je veux remporter dans ma mémoire une plainte harmonieuse qui retentisse encore longtemps dans mon oreille et me laisse le désir de l'entendre encor et de la répéter moi-même. Mais si je n'ai entendu qtie des clameurs de désespoir, des gémissements convulsifs, je puis trouver cela fort vrai, mais si vrai, que je n'y reviendrai pas. »
l'anonyme. — J'ai la ferme volonté de traiter M. de
La Harpe non-seulement avec politesse, mais même
avec les plus grands égards. Cependant, nialj^ré le II. 4
désir que j'ai d'être honnête autant que juste, malgré les ménagements que je crois devoir mettre dans ma réponse, il m'est impossible de ne pas avouer que M. de la Harpe, qui juge si bien les ouvrages d'éloquence et de littérature, commet les plus énormes bévues quand il veut juger la musique.
M. DE LA HARPE. — Voilà cc qu'il faudrait prouver, monsieur; il faudrait prouver que les airs que vous admirez ne sont pas d'un bout à Vautre faibles et communs; qu'à la place du chant, M. Gluck n'emploie pas trop souvent un récitatif obligé, une sorte de mélopée bruyante et monotone renouvelée des Grecs.
l'anonyme. — A qui voulez-vous que je prouve tout cela? Ce n'est pas, sans doute, au public; vous voyez comme il se précipite, après tant d'années, à la seule annonce d'Orphée^ Ge n'est pas à ces amateurs qui, mettant l'esprit à la place de l'oreille, ne savent que déraisonner quand ils devraient être émus; on ne leur prouve rien, ce sont eux qui prouvent, serait-ce à M. de la Harpe lui-même. Mais comment lui prouver ce qu'il n'a pas senti?
M. frameuy. '— Pour moi, je ne pardonnerai jamais à M. Gluck d'avoir introduit le trombone dans son
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orchestre; cela n'émeut point, cela déchire; ce n'est plus de la musique, c'est un bruit enragé.
LE CONTRÔLEUR. — Ah ! mcssicurs, que diriez-vous de nos compositeurs modernes ! Il est plaisant de voir adresser à Gluck, par un grand nombre de ses contemporains, un reproche qu'il n'a certes point mérité. Ah ! vous l'accusez d'avoir admis le trombone parmi les instruments de cuivre dont il a fait l'usage le plus modéré, le plus discret, le plus innocent! Vous êtes bien arriérés, messieurs! Nous avons les tambours, les cloches, les tubas, les saxhorns et le canon; nous avons le tonnerre et la foudre, et, telle est la loi du progrès en toutes choses, que peut-être avant que ce siècle ne soit fini, on trouvera que notre orchestre est faible et endormant. Mais vous feriez mieux d'entrer dans la salle et de juger par vous-mêmes de la nouvelle exécution âCOrphée que de vous chamailler à la porte.
M. MARMONTEL. -—11 a Taison, parbleu! Ce contrôleur est un philosophe; il serait digne de travailler pour V Encyclopédie.
l'anonyme. — Nous voici au cœur de la place* Quelle nombreuse et brillante chambrée! quel silence!
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Le rideau se lève; quel admirable décor! quelle différence de nos vieux barbouilleurs de petites toiles mal brossées, mal éclairées, d'un aspect pauvre et terne, à ces artistes! Voyez, au fond, ce rideau de lauriers et de cyprès, dont les branches d'un vert sombre laissent filtrer quelques rayons de soleil, au moment où il disparaît à l'horizon!
M. DE LA HARPE. — Vous m'empôchcz d'entendre le chœur.
M. MARMONTEL. — Avoucz qu'il est très-beau, ce chœur, et qu'il est bien chanté.
M. DE LA HARPE. — Je n'ai jamais critiqué Orphée; c'est de tous les ouvrages de M. Gluck celui que j'ai toujours préféré; mais c'est de la musique italienne.
M. MARMONTEL. — Allons ! moH chcr collègue, je vois que vous êtes incorrigible! -
l'anonyme. — Voilà un merveilleux récitatif! Quelle mélancolie pénétrante ! quelle ampleur et quelle expression! Quel cri de l'âme dans ces vers!
Eurydice n'est plus, et je respire encort Dieu! rendez-lui la vie, ou donnez-moi la morti
Quelle variété! quel charme! quel inttrjt profond dans l'orchestre! ((Ici les instruments n'accompagnent
point les voix, comme un valet accompagne son maître, mais comme les bras, les mains, les yeux, les mouvements du visage et de tout le corps, accompagnent le langage du sentiment et de la passion. »
M. FRAMERY. — Pardon, monsieur, quelle est l'actrice qui joue Orphée?
UN MONSIEUR DE l'orchestre. — G'est madame Pauline Viardot, l'illustre et digne sœur de Marie Malibran
M. FRAMERY. — Ma foi, on a bien fait de transposer le rôle pour contralto. Cet animal de Le Gros, qui le chantait de mon temps, avait une fort belle voix de haute-contre, mais une intelligence épaisse et une [f vanité ridicule : il était si pétri de sottise et si gonflé de son mérite^ qu'il ne tenait pas dans sa peau.
M. MARMONïEL. — Voilà uue grande artiste, mesï sieurs; notre siècle n'a rien vu qui puisse lui être comparé.
M. DE LA HARPE. — Mais qucl est cet air de la fin? Je le le reconnais pas.
l'anonyme. — Ah! je vous y prends, monsieur le critique; ce n'est point le morceau que M. Gluck avait arrangé pour Le Gros; c'est Tair original qu'il avait
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écrit à Vienne pour Guadagni. La cantatrice a été bien inspirée dans son choix. Cela montre qu'elle a du goût; l'air est superbe, et, en vérité, l'artiste en fait un chef-d'œuvre d'exécution. Sa voix s'élance et bondit en traits prodigieux. Quelle vocalisation brillante et hardie! Quelle impétuosité irrésistible et quelle parfaite justesse I Quelle ardeur et quelle science! Le grand art lyrique n'a rien de plus beau, ni de plus complet.
M. FRAMERY. — G'cst égal, votrc ami M. Gluck, qui avait juré de ne jamais se permettre une roulade, a écrit là un morceau tout à fait dans la forme, dans le genre et dans le style italiens.
M. MARMONTEL. — Gela prouve, monsieur, que les plus grands génies sont forcés de faire quelques concessions au public.
l'anonyme. — Et le public leur en tient compte. Voyez cette salle en délire! Hommes et fermes debout, dans leurs loges, battant des mains, s' agitant, trépignant. On rappelle madame Viardot; on la rappelle encore; on la rappellerait vingt fois de suite, si on ne craignait point d'être importun.
M, MARMONTEL, — Tout le moude est d'accord sur
la beauté du morceau et sur le mérite de la cantatrice. Mais que dites -vous de la scène des Enfers? Y a-t-il rien de plus simple et à la fois de plus sublime? quelle unité de composition, quelle énergie de style, quelle sobriété de couleur I On est pénétré d'une émotion poignante et d'une terreur mystérieuse.
CHŒUR DES VIVANTS ET DES MORTS. — Oh! OUI, tOUt
cela est divinement beaul
M. JEAN-JACQUES ROUSSEAU. — Vous êtcs uu tas d'imbéciles; je parie que vous ne savez pas pourquoi cela est beau, et je m'en vais vous l'apprendre. Tout dépend d'un passage enharmonique dont vous ignorez la magie. Le morceau que vous admirez est en mi bémol majeur, a D'abord, ce no des Furies, frappé et réitéré de temps à autre pour toute réponse, est une des plus sublimes inventions en ce genre que je connaisse; et, si peut-être elle est due au poëte, il faut convenir que le musicien l'a saisie de manière à se l'approprier. Vous venez de voir que dans l'exécution de cette scène l'on ne peut s'empêcher de frémir à chaque fois que ce terrible no se répète, quoiqu'il ne soit chanté qu'à l'unisson ou à l'octave, et sans sortir dans son harmonie de l'accord parfait jusqu'au passage dont il s'agit;
mais au moment qu'on s'y attend le moins, cette dominante diézée forme un glapissement affreux, auquel l'oreille et le cœur ne peuvent tenir, tandis qu'au même instant le chant d'Orphée redouble de douceur et de charme; et ce qui met le comble à l'étonnement, c'est qu'en terminant ce court passage on se retrouve dans le même ton par où l'on vient d'y entrer, sans qu'on puisse presque comprendre comment on a pu nous transporter si loin et nous ramener si proche avec tant de force et de rapidité. Vous avez peine à croire que tout ceci s'opère par un passage tacite du mode majeur au mineur et par le retour subit au majeur. »
UN MONSIEUR DE l'orchestre. — Yoilà, ccrtcs, une page bien éloquente, mais qui me gâte tout mon plaisir. Au diable, les savants !
l'anonyme. — On me trouvera peut-être exagéré dans mon admiration pour Gluck, mais j'aime autant le tableau des Champs-Elysées, d'un calme si parfait, d'un ton si harmonieux, d'une si chaste et poétique beauté. Ces chants, ces pantomimes, ces processions de jeunes fdles vêtues de blanc, couronnées de fleurs, ont je ne sais quoi d'idéal et de religieux. Tenez, je ne
me trompe pas; le public a partagé nos impressions: il redemande cet air adorable.
Cet asile, Aimable et tranquille, Par le bonheur est habité; C'est le riant séjour de la félicité.
l'anonyme. — Tout cela est peint de main de maître.
M. DE LA HARPE. — Pour moi, cc qui m'a le plus ému dans cet acte, est la scène muette d'Orphée. J'ai vu, de mon vivant, bien des tragédiens; nul n'aurait mieux joué cette scène. Vous avez là une actrice qui n'a besoin ni de la parole ni du chant pour me faire verser des larmes. Quelle anxiété lorsqu'elle cherche une ombre chère au milieu de tant d'ombres indifférentes, quelles brusques alternatives de crainte et d'espoir, quel tressaillement de joie surhumaine lorsqu'elle sent la main d'Eurydice dans ses mains ! mais nous voici sur la terre; les cris commencent; je n'en suis plus.
UN MONSIEUR DE l'orchestre. — G'cst mademoiselle Saxe qui joue Eurydice. Elle a une voix vibrante,
et c'est un grand honneur pour elle que d'être applaudie à côté de madame Viardot.
l'anonyme. — Écoutez le grand air final. Quelle merveille!
J'ai perdu mon Eurydice, Rien n'égale mon malheur.
LE TIMBALIER. — Qu'ont-lls donc ces vieillards? ils ne bavardent plus 1 les voilà tous attendris. Je crois même qu'il y en a deux qui sanglotent.
DEUX picciNiSTES. — Oh I oui, nous rendons les ar* mes ; Gluck est un grand maître, et VOrphée, ainsi interprété, est un chef-d'œuvre.
LE CHEVALIER GLUCK, S élançant de la coulisse. • — J'ai cherché toute ma vie une femme pour achever ma révolution musicale; je la retrouve longtemps après ma mort. J'ai bien souffert, j'ai bien lutté; j'ai été en butte à bien des cabales et à bien des envieux, et sans la protection de ma royale élève, Marie-Antoinette, il m'eût fallu plier bagage et m'en aller, à soixante ans, comme j'étais venu. J'ai dû jeter au feu mon Roland, pour ne pas entrer en concurrence avec un redoutable adversaire, qui avait pour lui d'abord son mérite, et
puis l'intrigue, et puis la mode, et puis les trois quarts du publie. Si je vous avais eue, madame, j'aurais bravé tous mes rivaux et tous mes ennemis ! — Approchez, mon cher Berlioz; j'ai dit quelque part, que « lorsqu'il s'agit de monter une œuvre faite d'après mes principes, la présence du compositeur est aussi nécessaire que le soleil aux ouvrages de la nature. » Pardonnezmoi cette comparaison, qui peut sembler orgueilleuse en raison de sa justesse. Vous m'avez dignement remplacé ; vous avez surveillé les répétitions de mon Orphée; vousen avez été l'âme et la vie; que puis-je faire qui vous soit agréable?
. M. HECTOR BERLIOZ. — Vcncz voir mes Troyens, maître, et vous me direz si j'ai bien suivi vos conseils et votre exemple.
LE CHEVALIER GLUCK. — J'irai t Une poignée de main, monsieur Carvalho! J'ai été tracassé, de mon viva it, par les plus désagréables directeurs d'Italie, d'Allemagne et de France ; si je revenais au monde, je ne voudrais travailler que pour vous. — Un dernier mot. Je vais bientôt remonter au sein de l'éternelle vérité; je puis donc vous parler sans détour et sans fausse modestie; je vous confie une œuvre qui est mon œuvre
72 COMÉDIES ET COxMÉDIENS
de prédilection; je vous recommande mon Armide. (( J'en ai fait la musique de manière qu'elle ne vieillira pas de si tôt. »
21 novembre 1859.