ACTE PREMIER
ARISTIDE
Vous ne connaissez pas encore le plus intéressant.
LA MARQUISE
De plus fort en plus fort, peut-être?
ARISTIDE
Comme chez... Vous permettez que je procède par ordre; j'ai mon programme comme ambassadeur, vous voulez bien
que je le consulte? (n tire un petit papier de sa poche et jette les
yeux dessus.) Je suis méthodique. Je suis notaire. Ici, je dois vous demander si, après ce que vous venez d'entendre, vous consentez au mariage de mademoiselle Hermine avec M. de Boisceny, ou plutôt avec M. Vignot, puisque c'est son nom véritable.
LA MARQUISE, riant toujours.
Non, monsieur, je n'y consens pas.
ARISTIDE
Ce nom de Vignot ne vous rappelle rien, madame la marquise ?
LA MARQUISE
Rien.
ARISTIDE
Eh bien, vous allez voir que le hasard s'est amusé à faire une chose bien curieuse. M. Vignot est le cousin de mademoiselle Sternay, car il est votre petit-fils.
LA MARQUISE
Mon petit-fils et le cousin d'Hermine ! s
ARISTIDE
Oui, madame ; mademoiselle Hermine n'est-elle pas la fille d'un de vos fils, qui est mort, ainsi que sa femme?
LA MARQUISE
Oui.
M. de Boisceny est le fils de l'autre qui vit, de M. Sternay et de Clara Vignot, qui a été ouvrière chez vous, et que monsieur votre fils a séduite.
LA MARQUISE, redevenant sérieuse.
Comment! c'est cette fille qui était chez moi il y a vingttrois ou vingt-quatre ans, et qui a fait je ne sais quel esclandre à l'époque du mariage de mon fils, sous prétexte qu'elle avait un enfant?
ARISTIDE
Avouez que le prétexte était bon.
LA MARQUISE
Détestable, monsieur; cet enfant n'était pas à M. Sternay.
ARISTIDE
N'allons pas jusque-là, madame, c'est inutile ; M. de Boisceny est de votre famille.
LA MARQUISE
Il n'y a famille, chez les gens comme nous, monsieur, que lorsqu'il y a alliance.
ARISTIDE,, reprenant avec le plus grand calme.
J'ai encore à vous demander, madame, si, sachant que M. Vignot est votre petit-fils, vous persistez toujours à lui refuser votre petite-fille ?
LA MARQUISE
Toujours, et tout le temps que la loi la laissera sous ma garde, j'exigerai de l'homme qui voudra l'épouser ce que ma mère a exigé de mon mari, ce que la famille de ma bru a exigé de mon fils, une position sociale, un nom légitime, un passé intact.
Je vous demande pardon, madame, si j'insiste ; mais il ne