ACTE PREMIER
s'agit pas de moi ; il faut que j'emploie tous les moyens de conciliation avant...
LA MARQUISE
Avant?...
ARISTIDE
Avant de passer à d'autres.
LA MARQUISE
Quels autres, monsieur?
ARISTIDE
Ceux-là regardent d'autres personnes.
LA MARQUISE
On voudra faire un scandale.
ARISTIDE
Je ne crois pas, madame; la mère de M. Vignot offre, si vous consentez au mariage, de vivre à l'écart, de ne plus revoir son fils; vous lui demanderiez de se tuer, pour être sûre qu'elle tiendrait sa promesse, qu'elle se tuerait, (un temps. ) Non ?
LA MARQUISE, dédaigneusement.
Non, monsieur.
ARISTIDE
J'ai fini, madame, avec vous du moins; je dois vous dire que je n'avais pas douté un seul moment de votre réponse.
Vous êtes un homme de loi, monsieur; suis-je dans mon droit, oui ou non ?
ARISTIDE
Vous y êtes parfaitement, madame; et, quoi qu'il arrive, vous n'aurez rien à vous reprocher, ni moi.
LA MARQUISE
Et qu'arrivera-t-il, monsieur?
ARISTIDE
Selon toutes probabilités, si M. Vignot aime réellement mademoiselle Hermine Sternay, ce dont je suis sûr; si mademoiselle Hermine Sternay aime réellement M. Vignot, ce que je crois, car il mérite d'être aimé, eh bien, ils se marieront; car il ne faut pas que la faute d'un individu empêche toute une génération d'être heureuse.
LA MARQUISE
Et ils se marieront malgré moi ?
ARISTIDE
Malgré vous, madame.
LA MARQUISE
Par quel moyen ?
ARISTIDE
Par un moyen que je leur indiquerai.
LA MARQUISE
Et qui est?...
Et qui est bien simple. Voilà tout ce que je puis vous dire aujourd'hui, madame la marquise.
LA MARQUISE
J'avoue que je serais curieuse de voir cela.
ARISTIDE
Madame la marquise est encore assez jeune pour le voir.
LA MARQUISE
En attendant, monsieur, veuillez nous épargner la peine de congédier M. Vignot.
ARISTIDE
Oui, madame.
LA MARQUISE
Nous n'avons plus rien à nous dire, je pense?