ACTE DEUXIÈME. il
pitié, d'attachement pour ce pauvre être qui escomptait sa vie pour sauver la mienne. J'eus pour lui une sorte d'amour maternel. J'entrepris à mon tour de sauver ce malade. Je prolongeai sa vie de deux mois au delà du terme fixé par la science; mais c'est tout ce que je pus faire, et, un matin du mois d'avril, il mourut en croyant enfin à la vie, dernière espérance que Dieu accorde souvent à ceux qui vont mourir. Ce fut une grande douleur pour moi, je ne te le cache pas. Quand on ouvrit le testament du mort, on trouva qu'il nous laissait toute sa fortune, que j'acceptai par ambition pour toi et comme une revanche de la destinée. 11 n'avait pas de famille, je ne frustrais donc personne. J'achetai une terre que l'on nomme Boisceny. Je m'y retirai avec toi. Les gens du pays me donnèrent plutôt que je ne pris le nom de cette terre; ce nom te resta, consacré par le bien que je te faisais faire autour de toi. Je t'élevai de mon mieux, en te disant que j'étais veuve et que ton père était mort lorsque tu étais tout enfant. Voilà le seul mensonge dont je sois coupable, et Dieu sait dans quelle bonne intention je le faisais.
JACQUES
Est-ce tout, ma mère?
CLARA
Oui.
JACQUES, à Sternay. -
Vous étiez en droit de me dire ce que vous m'avez dit tout à l'heure, monsieur ; vous êtes en droit de me refuser votre nièce. Recevez mes excuses pour les paroles que je me suis permises. (Mouvement de Sternay.) Maintenant, mousieur, vous pouvez vous retirer, nous n'avons plus rien à nous dire.
(sternay sort.)