‹ Comédies et comédiens, feuilletons. 2. sérChapitre 64 sur 245 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Les Mêmes, CLARA.

CLARA, qui est entrée pendant ces dernifres paroles, se plaçant entre son fils et Sternny.

JACQU1ÎS.

Ne craignez rien, ma mère, nous ne faisons que de la logique, monsieur et moi.

STERNAY.

Eh bien, je vous répondrai que, logiquement encore, vous avez perdu le droit de me dire de ces choses-là en acceptant depuis longtemps une position dans laquelle je n'ai plus rien à faire, et dont ma délicatesse m'empêchait de vous parler. — Vous me contraignez à vous donner des raisons plus positives, je vous les donne. Ce n'est pas à M. Jacques, l'enfant sans nom, ce n'est pas au fils de Clara Vignot, l'ouvrière sans fortune, que je refuse la main de ma nièce ; je la refuse à M. de Boisceny, homme du monde, portant un nom dont je ne connais pas l'origine et ayant vingt-cinq mille livres de rente dont je ne connais pas la source.

JACQUES

Répondez, je vous prie, ma mère, à cette question à laquelle je ne saurais que répondre, moi, puisque je vous l'ai adressée tout à l'heure.

CLARA

Sois juge alors : M. Sternay lève sous tes yeux le voile du passé; il voudrait, pour s'excuser, arriver à te faire accuser ta mère; il appelle à son aide une supposition infâme, soit.

(S'adressant à Sternay.) VoUS SaVCZ Ce qui CUt HcU, u'cst-CC paS,

une heure après notre dernière entrevue, il y a vingt ans?... Je parvins à vous rejoindre chez votre mère, qui voulut me

faire chasser par ses gens, moi, la mère de votre fils. Ce que je vous dis alors, je ne me le rappelle plus, j'étais folle de colère et de douleur. Ce que je sais, c'est que je déchirai la donation, l'aumône que vous m'aviez laissée, que je la jetai à vos pieds et que je rentrai chez moi, mourante, désespérée, sans ressources. Dieu m'est témoin cependant que je vous aimais tant à cette époque, que, si vous m'aviez avoué la vérité, au lieu de me mentir, je m'y serais résignée. Croyez bien que, pendant ces longues heures de solitude auxquelles vous me condamniez souvent, tout en berçant mon fils qui est aujourd'hui un homme, qui nous interroge et qui va me condamner peut-être, croyez bien que j'avais prévu ce dénoûment fatal. Je n'en disais rien à personne, mais je pensais bien que M. Sternay n'épouserait jamais l'ouvrière Clara, qu'il ne reconnaîtrait jamais son fils ; car, lorsque le cœur d'un père n'a pas eu cette idée le jour même de la naissance de son enfant, elle ne lui vient pas plus tard ; seulement, je me disais : « Quand le moment de notre séparation sera venu, il me l'avouera franchement et loyalement, il me demandera mon pardon, sans lequel il ne saurait être heureux; il me donnera cette dernière preuve d'estime, je lui donnerai cette dernière preuve d'affection, et, de temps en temps, quand je le rencontrerai, un sourire visible pour moi seule, une larme peut-être me payera de tout ce que j'aurai souffert. «

JACQUES, ému et ne Toulant pas l'être.

Ma mère !

CLARA

Après cette scène violente, je tombai malade. Je fus soignée, comme une sœur par son frère, par un jeune homme qui avait l'âge que tu as aujourd'hui, Jacques. Il était sans parenis, sans amis, et, de plus, frappé d'une maladie qui bornait son existence à quelques mois de fièvre et d'insomnie. Et moi qui venais de perdre toutes mes espérances en une journée, qui n'avais que toi à qui conter mes peines, toi qui étais trop jeune pour les comprendre, je fus prise de

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