‹ Comédies et comédiens, feuilletons. 2. sérChapitre 79 sur 245 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

HENRIETTE

A merveille, merci.

LE MARQUIS, à Hermine.

Et toi, l'enfant, on t'a donc permis de sortir du couvent aujourd'hui?

HERMINE

Pour votre fête, c'était bien le moins.

LE MARQUIS

En effet, c'est ma fête.

HERMINE, l'embrassant.

Et je VOUS la souhaite bonne et heureuse.

LE MARQUIS

3Ierci, chère petite; mais le couvent te réussit.

HERMINE

Je ne me suis jamais si bien portée.

LE MARQUIS

Le fait est que tu as une mine superbe ; tu es engraissée.

HERMINE

J'ai cinq centimètres de plus à la taille, et j'ai grandi un peu. On est très-bien au couvent.

LE MARQUIS

Tu t'y plais, alors?

HERMINE

Beaucoup. (EUe va déposer son chapeau sur un meuble.)

LA MARQUISE, à son fils. /

Eh bien?

STERNAY.

Il a refusé net.

LA MARQUISE

Sous quel prétexte ?

Sous le prétexte qu'il ne veut pas.

LA MARQUISE

Je me charge de le décider, moi.

LE MARQUIS, !\ Henriette.

Ce que dit Hermine est-il vrai?

HENRIETTE

Je le crois.

LE MARQUIS

Pas un mot de M. de Boisceny ?

HENRIETTE

Pas une syllabe.

LE MARQUIS

Même à vous?

HENRIETTE

Même à moi.

LE MARQUIS

Que vous a dit la supérieure du couvent?

HENRIETTE

Qu'Hermine mange, boit, dort, cause et rit avec ses camarades comme autrefois.

LE MARQUIS

Et vous ne l'avez pas interrogée?

Non. Si Hermine devait répondre franchement à mes questions, elle m'aime assez pour ne pas attendre que je les lui fasse. Je respecte son secret, si elle en a un, d'autant plus facilement que je ne puis rien pour elle.

HERMINE, s'approchant du marquis.

Puis-je lire ce livre-là, mon oncle? H n'y a rien dedans qu'une jeune fille ne puisse lire?

ACÏR TROISIÈME. 437

LE MARQUIS

Rien; d'ailleurs, il est en anglais.

HERMINE

Je sais l'anglais, je l'ai appris cette année.

LE MARQUIS

Lis-le alors tant que tu voudras, ou plutôt tant que tu pourras. (Hermine va se mettre dans un coin avec son livre et paraît lire trèsattentivement.)

HENRIETTE

Vous voyez.

LE MARQUIS

Oui;. après tout, un an de couvent change bien une fille.

HENRIETTE

Elle n'est pas de celles qui changent en un an.

LA MARQUISE, haut.

Mon frère !

Ma chère soeur ?

LA ^lARQUISE.

Est-ce un secret que vous avez avec madame Sternay?

LE MARQUIS

Oui.

LA MARQUISE

Alors, je vous retiens après elle. Il n'y a pas besoin de prendre un numéro ?

LE MARQUIS

C'est inutile, je me le rappellerai, (a Henriette.) Et Hermine ignore toujours pourquoi son mariage n'a pas eu lieu?

HENRIETTE

Toujours.

LE MARQUIS

Mais vous, connaissez-vous la cause de cette rupture?

HENRIETTE

Oui : la marquise m'a dit que M. de Boisceny n'avait pu justifier de la position qu'il s'était donnée, et que, du reste, il avait compris lui-même qu'il ne devait plus prétendre à cette union.

LE MARQUIS

Voilà tout?

Oui.

LE MARQUIS

Et Sternay ne vous a rien dit, lui ?

HENRIETTE

Rien. Il a confirmé le dire de sa mère.

LE MARQUIS

Je vous dirai tout, moi; car il faut que vous sachiez la vérité. Ces gens-là sont par trop égoïstes, et, quand vous la connaîtrez, vous m'aiderez, si ces deux enfants s'aiment toujours, à conclure ce mariage.

HENRIETTE

Ce qu'il y a de certain, c'est que M. de Boisceny s'est conduit avec moi comme le plus galant homme du monde.

LE MARQUIS

C'est vrai.

LA MARQUISE, haut.

Eh bien, mon frère ?

LE MARQUIS

On y va, ma sœur; vous vous ennuyez donc bien avec votre fils? {A madame Sternay.) Et VOUS? pout-on VOUS demander comment vous avez fait ce voyage?

HENRIETTE, lui tendant la main.

Bien,

Vous êtes contente?

HENRIETTE

Je n'ai jamais été si heureuse.

LE MARQUIS

M. de Nervaux est marié?

HENRIETTE

Oui; sa femme est très-gentille; nous nous sommes rencontrés à Venise.

HERMINE, s'approchant.

Mon oncle, vous savez l'anglais?

LE MARQUIS. y

Oui.

HERMINE

Que veut dire ce mot : stiffness.

LE MARQUIS

11 veut dire : persévérance, petite rusée! ,

HERMINE

Merci.

Page 1