ACTE TROISIÈME
HENRIETTE
A merveille, merci.
LE MARQUIS, à Hermine.
Et toi, l'enfant, on t'a donc permis de sortir du couvent aujourd'hui?
HERMINE
Pour votre fête, c'était bien le moins.
LE MARQUIS
En effet, c'est ma fête.
HERMINE, l'embrassant.
Et je VOUS la souhaite bonne et heureuse.
LE MARQUIS
3Ierci, chère petite; mais le couvent te réussit.
HERMINE
Je ne me suis jamais si bien portée.
LE MARQUIS
Le fait est que tu as une mine superbe ; tu es engraissée.
HERMINE
J'ai cinq centimètres de plus à la taille, et j'ai grandi un peu. On est très-bien au couvent.
LE MARQUIS
Tu t'y plais, alors?
HERMINE
Beaucoup. (EUe va déposer son chapeau sur un meuble.)
LA MARQUISE, à son fils. /
Eh bien?
STERNAY.
Il a refusé net.
LA MARQUISE
Sous quel prétexte ?
Sous le prétexte qu'il ne veut pas.
LA MARQUISE
Je me charge de le décider, moi.
LE MARQUIS, !\ Henriette.
Ce que dit Hermine est-il vrai?
HENRIETTE
Je le crois.
LE MARQUIS
Pas un mot de M. de Boisceny ?
HENRIETTE
Pas une syllabe.
LE MARQUIS
Même à vous?
HENRIETTE
Même à moi.
LE MARQUIS
Que vous a dit la supérieure du couvent?
HENRIETTE
Qu'Hermine mange, boit, dort, cause et rit avec ses camarades comme autrefois.
LE MARQUIS
Et vous ne l'avez pas interrogée?
Non. Si Hermine devait répondre franchement à mes questions, elle m'aime assez pour ne pas attendre que je les lui fasse. Je respecte son secret, si elle en a un, d'autant plus facilement que je ne puis rien pour elle.
HERMINE, s'approchant du marquis.
Puis-je lire ce livre-là, mon oncle? H n'y a rien dedans qu'une jeune fille ne puisse lire?
ACÏR TROISIÈME. 437
LE MARQUIS
Rien; d'ailleurs, il est en anglais.
HERMINE
Je sais l'anglais, je l'ai appris cette année.
LE MARQUIS
Lis-le alors tant que tu voudras, ou plutôt tant que tu pourras. (Hermine va se mettre dans un coin avec son livre et paraît lire trèsattentivement.)
HENRIETTE
Vous voyez.
LE MARQUIS
Oui;. après tout, un an de couvent change bien une fille.
HENRIETTE
Elle n'est pas de celles qui changent en un an.
LA MARQUISE, haut.
Mon frère !
Ma chère soeur ?
LA ^lARQUISE.
Est-ce un secret que vous avez avec madame Sternay?
LE MARQUIS
Oui.
LA MARQUISE
Alors, je vous retiens après elle. Il n'y a pas besoin de prendre un numéro ?
LE MARQUIS
C'est inutile, je me le rappellerai, (a Henriette.) Et Hermine ignore toujours pourquoi son mariage n'a pas eu lieu?
HENRIETTE
Toujours.
LE MARQUIS
Mais vous, connaissez-vous la cause de cette rupture?
HENRIETTE
Oui : la marquise m'a dit que M. de Boisceny n'avait pu justifier de la position qu'il s'était donnée, et que, du reste, il avait compris lui-même qu'il ne devait plus prétendre à cette union.
LE MARQUIS
Voilà tout?
Oui.
LE MARQUIS
Et Sternay ne vous a rien dit, lui ?
HENRIETTE
Rien. Il a confirmé le dire de sa mère.
LE MARQUIS
Je vous dirai tout, moi; car il faut que vous sachiez la vérité. Ces gens-là sont par trop égoïstes, et, quand vous la connaîtrez, vous m'aiderez, si ces deux enfants s'aiment toujours, à conclure ce mariage.
HENRIETTE
Ce qu'il y a de certain, c'est que M. de Boisceny s'est conduit avec moi comme le plus galant homme du monde.
LE MARQUIS
C'est vrai.
LA MARQUISE, haut.
Eh bien, mon frère ?
LE MARQUIS
On y va, ma sœur; vous vous ennuyez donc bien avec votre fils? {A madame Sternay.) Et VOUS? pout-on VOUS demander comment vous avez fait ce voyage?
HENRIETTE, lui tendant la main.
Bien,
Vous êtes contente?
HENRIETTE
Je n'ai jamais été si heureuse.
LE MARQUIS
M. de Nervaux est marié?
HENRIETTE
Oui; sa femme est très-gentille; nous nous sommes rencontrés à Venise.
HERMINE, s'approchant.
Mon oncle, vous savez l'anglais?
LE MARQUIS. y
Oui.
HERMINE
Que veut dire ce mot : stiffness.
LE MARQUIS
11 veut dire : persévérance, petite rusée! ,
HERMINE
Merci.