ACTE TROISIÈME
HENRIETTE
Si l'on arrive à tirer de vous un père véritable, on aura du bonheur, mais enfin on peut toujours essayer. D'abord c'est votre fils, voilà la meilleure raison ; ensuite vous n'avez pas d'enfant; enfin, avec le caractère que je lui connais, — car il ne tient pas de vous de ce côté-là, il a du caractère, — à la majorité d'Hermine, votre fils ou non, il épousera votre nièce, après les sommations légales.
STERNAY.
Ce n'est pas douteux.
HENRIETTE
L'histoire fera du bruit; la vérité transpirera; on se demandera pourquoi vous n'avez pas reconnu cet enfant; on cherchera dans sa vie; qu'est-ce qu'on trouvera? Un homme honorable, intelligent, qui se sera fait sa position tout seul, et l'on dira : « M. Sternay a été bien maladroit de ne pas reconnaître un homme qui pouvait lui être si utile. »
STERNAY.
Comment! lui être si utile?
HENRIETTE
Supposez que M. Vignot porte voire nom; aimé comme il l'est du ministre, il peut demander tout ce qu'il voudra pour son père.
STERNAY
C'est vrai.
HENRIETTE
Vous êtes ambitieux, il vous pousse ; vous avez fait votre devoir, et vous servez vos intérêts.
C'est parfaitement juste; après?
HENRIETTE
Eh bien, après? Savez-vous ce qui va arriver, si vous ne vous décidez pas tout de suite?
SXERNAY.
•Qu'arrivera-t-il?
HENRIETTE
Il arrivera qu'un autre fera ce que vous auriez du faire, un autre reconnaîtra votre fils.
STERNAY.
Un autre reconnaîtra mon fils! Quel autre?
HENRIETTE
Le marquis.
STERNAY.
Mon oncle?
HENRIETTE
Lui-même.
STERNAY.
Quelle plaisanterie !
HENRIETTE
Je ne plaisante pas plus qu'il ne plaisantait tout à l'heure quand il m'annonçait ses intentions.
STERNAY.
Il vous a dit...?
HENRIETTE
Que, s'il ne faut qu'un nom à ce jeune homme pour qu'il épouse Hermine, il lui donnera le sien, et il le fera comme il l'a dit.
STERNAY.
Il en est capable, mais je suis là, heureusement. Vous êtes une bonne femme, Henriette, et vous m'avez donné un bon conseil... Jacques portera mon nom... Oii est mon chapeau?
(Au marquis qui entre.) Ah! c'cSt VOUS, mOU Onclc ?