SCÈNE VI
OCTAVE el MARIANNE, avprét d'un tombeau.
OCTAVE
Moi seul au monde je l'ai connu. Celle urne d'albâtre , converte de ce long voile de deuil , est sa parfaite image. C'est ainsi qu'une douce mélancolie voilait les perfections de cette ime tendre et délicate.. Pour moi seul, cette vie silencieuse n'a point été un mystère. Les longues soirées que nous avons passées ensemble sont comme de fraîches oasis dans un désert aride ', elles ont versé sur mon cœur les seules gouttes de rosée qui ; soieut jamais tombées. Cœlio était la bonne partie de moi-même; elle est remontée au ciel avec lui. C'était un homme d'un autre temps ; il connaissait les plaisirs , et leur préférait la solitude ; il gavait combien les illusions sont tronv peusea, et il préférait ses illusions A la réalité. Elle eût élë heureuse la femme qui l'eùl aimé.
, Octave, la femme qui t'ai-
OCTAVB,
Je ne sais point aimer ; Cœlio seul le savait. La cendre que renferme cette tombe est tout ce que j'ai aimé sur la terre, tout ce que j'aimerai. Lui seul savait verser dans une autre Ame toutes les sources de bonheur qui reposaient dans la sienne. Lui seul était capable d'un dévodment sans bornes ; lui seul eût consacré sa vie enUère à la femme qu'il aimait, aussi facilement qu'il aurait bravé la mort pour elle. Je ne suis qu'un débauché sans ewur; je n'estime point les femmes;
3S8 LES CAPRiCES DE HAIUANNE. ACT. il, SC. VI. l'amour que j'ÎDspire est cotnme celui que je ressens , l'ivresse passagère d'uD songe. Je ne sais pas le« eecrets qu'il savait. Ma gatté est comme le masque d'un histrion ; mon cceur est plus vieux qu'elle, mes sens blasés n'en vealent plus. Je ne suis qu'un lâdbe; sa mort n'est point vengée.
Comment aurait^lle pu l'être, à moins de risquer votre vie? Claudio est trop vieux pour accepter un duel , et trop puissant dans celte ville pour rien craindre de vous
Cœlio m'aurait vengé ai j'étais mort pour lui comme it est mort pour moi. Ce tombeau m'appartient : c'est moi qu'ils ont étendu sous celte froide pierre; c'est pour moi qu'ils avaient aiguisé leurs épées; c'est moi qu'ils ont tué. Adieu la gaiLé de ma jeunesse, l'iusouciante folie, la vie libre et joyeuse au pied du Vésuve 1 Adieu les bruyants repas, les causeries du soir , les sérénades sous les balcons dorés ! Adieu Naples el ses femmes, les mascarades A la lueur des torches, les longs soupers à l'ombre des forêts! Adieu l'amour et l'amitié! ma place est vide sur la terre.
SURIAKNE.
Hais non pas dans mon cœnr^ Octave. Pourquoi dis-lu ; Adieu l'amour?
Je ne vous aime pas, Marianne; c'était Ccetio qui vous