‹ Comédies et proverbesChapitre 15 sur 304 · ACTE 11, SCENE h · texte numérisé non relu

ACTE 11, SCENE h

Que veui-tu de moi ?

Si tu as compris ma pensée , tu sens que je n'ai vu ici ni un crime odieui , ni une sainte amitié foulée lui pieds ; je n'y ai vu qu'un coup de ciseau donné au seul lien qui m'unisse à la vie. Je ne veux pas songer à la main dont il est venu. L'homme A qui je parle n'a pas de nom pour moi. Je parie au meurtrier «le mon honneur, de mon ampur et de mon repos. La hlessure qu'il ma faite peut-elle être guérie? une séparation éternelle , un silence de mort ( car il doit songer que M mort a dépendu de moi), de nouveaux efforts de ma part, une nouvelle tentative enfin de ressaisir la vie , peuvenl-ib.Mtcore me réussir? En un mot, qu'il parte, qu'il soit rayé pour moi du livre de vie ', qu'une liaison coupable, et qui n'a pu eiitler sans remords, soit rompue à jamais; que le souvenir s'en efface lentement, dans un an, dans deni , peutétre, et qu'alots moi , André , je revienne, comme un laboureur ruiné par le tonnerre , reÛtir ma oabanc de cbanme sur mon diamp dévasté.

0 mon Dieu I

Je suis fait à la patience. Ponr me &ire aimer de celte femme, j'ai suivi durant des années son ombre surlalerre. La poussière oà elle marche e^l habituée h la sueur de mon Iront. Arrivé au terme de la carrière, je recommencerai mon ouvrage. Qui sait ce qui peut sdveuir de la fragilité des femmes?Qui sait jusqu'où peut aller l'iaconstance de ce sable mouvant , et si vingt autres années d'amour et de dévoAment sans bornes n'en pourront pas faire autant qu'une nuit de débauche? Car c'est d'aujourd'hui que Lucrèce est coupable, puisque c'est aujourd'hui , pour la première fois depuis que tu es il Florence, que j'ai trouvé ta porte fermée.

C'est vrai,

àtmwÉ.

Cela félonne, n'est-ce pas , que j'aie un tel conrage? Cela étonnerait aussi le monde , si le monde l'apprenait un jour. Je suis de son avis. Un coup d'épée est plus tàï donné. Hais

i,CÙHl«^[c

34 ANDRË DEL SARTO.

j'ai un grand malheur, moi : je ne crois pai k l'aotre vie ; et je te donne ma parole que si je ne réussis pas , le jour où j'aurai l'entière certilnde <iue mon bonheur est A jamais détruit, je mourrai, n'importe comment. Jusque-là, j'accom- {dirai ma lâche.

Quand doi»-ie partir ?

Uochevalest àlagrille. Je te donne une heure. Adieu. coRDUrn.

Ta main , André , ta main I

tnDUÉ , nvtnanl *ur «m pat.

Ha main? à qui ma main? T'ai-je dit une injure? T*ai-je appelé faux ami , traître ani serments les plus sacrés 7 T'ai-je dit que toi qui me tues,, je t'aurais choisi pour me défendre, ai ce qne tu as fait tout autre l'avait fait? T'ai-je dit que cette nuit j'eusse perdu autre chose qne l'amour de Lucrèce? T'ai-je parlé de quelque autre chagrin? Tu le vois bien, ce n'est pas kCordiani que j'ai parlé. A qui veui-tn donc que je donne ma

COBDUNI.

Ta main , André I Un éternel adieu , mais un adien I

' Je ne le puis. 11 ; a dn sang après la tienoe.

Il tort.

GORDiiNi , («ul, frappt à la port».

HoU,llathurin!

Plalt-îl,EtcelIeace?

Prends mon manteau ; rassemble tout ce que tu trouveras sur ma table et dans mes armoires. Tu en feras un paquet à la bite , et tu le porteras à la grille du jardin.

Il t'atittUt.

HATHDBtN.

Vous partes, monsieur?

conniu».

Fate ce que je te dis.

DUIIEK , entrant.

André, que je rencontre, m'apprendque lu par*, Cordiani.

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