‹ Comédies et proverbesChapitre 14 sur 304 · ACTE II , SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II , SCÈNE I

Seuls.

Vois-tu te stflel, Cordjani? SI ntaintenant je t'Aendaii à terre d'un revers de ma main , et si je t'aoterrais au pied de cet arbre, li, daas ee sable où voilk loa ombre, te monde n'aurait rien A me dire ; j'en ai le droit , et la rie m'appartient.

COBDIANI.

Ta peui le faire , ami , tu peux le faire.

GroÎB-tu que ma main treinblerail? pas plus que la lienne, il f a une heure , sur la poitrine de mon rieurGrémio. Tu le Toia , je le sala , tu me l'as tué. A quoi t'attends-tu à présent?. Penses-tu que je sois un Uche, et que je ne sache pas tenir une épée? Ëg-lu prêt h le battre? n'est-ce pas là ton devoir et le mien?

COKDUHI.

Je ferai ce que tu voudras.

ANDRÉ

Assieds-toi , et écoule. Je suis né pauvre. Le luxe qui m'environne vient de mauvaise source : c'est un dépAt dont j'ai abusé. Seul, parmi tant de peintres illustres, je survis jeune encore au siècle de Michel-Anse; et je vois de jour en jour tout s'écrouler autour de moi. Rome et Venise sont encore florissantes. Notre patrie n'est plus rien. Je lutte en vain contre let ténèbres-, le flambeau sacré s'éteint dans ma main. Crois-tu que ce soit peu de choses pour un homme qui a vécu de son art vingt ans, que de le voir tomber? Mes ateliers sont déserts , ma réputation est perdue. Je n'ai point d'enfants , point d'espérance qui me rattache à la vie. Ma santé est faible , et le vent de la peste qui souffle de l'Orient me fait trembler comme une feuille. Dis-moi , que me reslail-il au monde? Suppose qn'il m'arrive dans mes nuils d'insomnie de me poser un slylet sur le eœur. Dia-moi , qui a pu me retenir jusqu'à ce jour?

N'achève pas, André.

D,niz=rtNGoogle

» ANDRË DEL SARTO.

Je l'aimais d'un amour indéfinissable. Pour elle, j'aurais lutté contre nue armée; j'aurais bêché la terre et traîné la charrue pour ajouter une perle à ses cheveux. Ce vol que j'ai commis , ce dépAt du roi de France qu'on vient me redemander demain , et que je n'ai plus , c'est pour elle , c'est pour lui donner une année de richesse et de bouheur , pour la voir, une fois dans ma vie , entourée de plaisirs et déistes, que j'ai tout dissipé. La vie m'était nurins chère que rhonnear, et l'honneur que l'amour de Lucrèce; que dis-je? qu'un sourire de ses lèvres, qu'un rajon de jme ^ns ses jeu. Ce que tu niis là , Cordiani , cet êbv snufTrant et misérable qui est devant loi, que tn as f u depub dii ans errer dans ces sombres portiques, ce n'est pas là André del Sarto; c'est un être insensé, eipbsé au mépris , aux soucis dévorants. Aux pieds de ma .belle Lucrèce était un autre André , jeune et heureux , insouciant comme le vent , libre et joyeux comme un oiseau du ciel , l'ange d'André, l'âme de ce corps sans vie qui s'agite au milieu des hommes. Sais-tu maintenant ce que tu as lait?

CORDIANI

Oui , maintenant.

Cdui-là , Cordiani , tu l'as tué ; celui'JA ira demain an cime tière avec la dépouille du vieux Grémio; l'autre reste, et c'est lui qui te parle ici.

couduhi, pkUTom.

André [ André 1

Est-ce sur moi ou sur toi que tu pleures? J'ai une faveur A te d^nander. CrAce à Dieu , il u'j a pùnt eu d'éclat cette nnit. GrAce k Dieu, j'ai vu la foudre tomber sur mon édiflee de vingt ans , sans proférer une plainte et sans pousser un cri. Si le déshonneur était public , ou je t'aurais tué , ou nous irions nous battre demain. Pour prix dn bonheur, le monde accorde la vengeance , et le droit de se servir de cela

Jetant ton tlj/ltt, doit tout remplacer pour celui qui a lout perdu. Voilà la justice des hommes; encore n'est-il pas sûr, si tu mourais de ma maja , que ce ne fût pas toi que l'on plaindrait

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