ACTE li,.SCËNË III
Vpe ■nticlianibrs.
FANTASIO , couekè *ur un tapU.
Quel méUer déiicknit que celui de bouflbiil J'éUis gris, je crois , hier «oir , lorsque j'ai pris ce coslume et que je me suis présenlé au palais; mais, en vérilé, jamais la sainte raisoQ ne m'a rien inspire qui valilt cet acte de folie. J'arrive, et me voilà re^ u , choyë , enregistré , et , ce qu'il y a de mieux encore, oublié. Je vais et viens dans ce palais comme si je l'avais habité toute ma vie. Tout à l'Lcure j'ai rencontré le roi; il n'a pas même eu la curiosité de me regarder; son bouffon étant mort, on lui a dit - « Sire, en voilà un autre.! C'est admirable! Dieu merci, voilà ma cervelle à l'aise, je puis faire toutes les balivernes possibles sans qu'on me dise rien pour m'en empêcher; je suis un des animaux domestiques du roi de Bavière, et si jp veux , tant que je garderai ma bosse et ma perruque, on me laissera vivre jusqu'à ma mort entre un épagneul et une pintade. En attendant, mes créanciers peuvent se casser le iicï contre ma porte tout à leur aise. Je suis aussi bieu en sûreté ici , sons cette perruque , que dans les Indes occidentales.
N'cst<e pas la princesse que j'aperçois dans la chambre voisine , à travers cette glace? Elle rajuste son voile de noces ; deux longues larmes coulent sur ses joues; en voilà une qui se détache comme une perle et qui tombe sur sa poitrine. Pauvre petite ! j'ai entendu ce malin sa conversation avec sa ^uvemante; en vérité, c'était par hasard; j'étais assis sur le gamit , sans autre dessein que celui de dormir. Maintenant la voilà qui pleure et qui ne se doute guère que je la vois encore. Ah I si j'étais un écolier de rhétoriqqe, comme je réfléchirais profondément sur celte misère couronnée, sur cette pauvre brebis â qui on met un ruban rose au cou pour la mener â la boucherie! Cette petite fille est sans doute romanesque; il lui est cruel d'épouser un homme qu'elle ne connaît pas. Cependant elle se sacrifie en silence. Que le hasard est capricienx ! il faut que je me grise, que je rencontre l'enterrement de Saint-Jean , que je prenne son costume et sa place , que je
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fesse enflD la plus grande folie de la terre, pour Tenir voir lomber, ë travers cette glace , les deux seules larmes que celte enfent veraera peut-être sur son triste voile de fiancée ! ntort.