ACTE 11, SCËNE V. 2Gt
pourraieDi me faire v«8 chagrins? quel chasrin pourraient me foire vos plaisirs? Vous êtes ceci, et moi cela. Vous êtes jeune, et moi je suis vieuT; belle, et je sais laid; riche, et je suis pauvre. Vous voyez bien qu'il u'y s aucun rapport entre nous. Que vous importe que le hasard ait croisé sur sa grande roule deux roues qui ne suivent pas la même ornière , et qui ne peuvent marquer sur la même poussière? Est-ce ma faute s'il m'est tombé, tandis que je dormais, une de vos larmes sur la joue? ,
ELSBETH
Tu me parles sous la forme d'un homme que j'ai aimé, voilà pourquoi je t'ccoule malgré moi. Mes yeux croient voir Saint-Jean ; mais peut-être n'es-lu qu'un espion?
PAKTiSIO.
A quoi cela me scrvirsit^l? Quand il serait vrai que votre mariage vous colllerait quelques larmes, et quand je l'aurais appris par hasard, qu'est-ce que je gagnerais i l'aller raconter? On ne me donnerait pas une pistole pour cela, et on ne vous mettrait pas au cabinet noir. Je comprends très-bien qu'il doitêtre assez ennuyeux d'cponserln prince de Mantoue; mais, après tout , ce n'est pas moi qui en suis chargé. Demain ou après-demaiu vous serez partie pour Hantoue avec votre robe denoce,et moi je serai encore sur ce tabouret avec mes vieilles chausses. Pourqui» voulex-vous que je vous en veuille? je n'ai pas de raison pour désirer votre mort ; vous ne m'avei jamais prêté d'argent.
ELSBETB.
Hais si le hasard t'a lait voir ce que je veut qu'on ignore , ne dois-je pas te mettre A la porte , de peur de nouvel accident?
Avez-vous le dessein de mc'comparer à un confident de tragédie , et craignez-ïouB que je ne suive votre ombre en déclamant? Ne me chassez pas , je vous en prie. Je m'amuse beaucoup ici. Tenez, voilà voire gouvernante qui arrive avec des mystères plein ses poches. La preuve que je ne l'écouteraî pas, c'est que je m'en vais A l'oltice manger une aile de pluvier que le majordome a mise de c/Hé pour sa femme.
Que veux-lu dire? lu ca toute tremblaoto. LA GOUVERNANTE.
Le prince n'est pas leprioce, dî l'aido de camp dod plus rest un vrai coato dt fées.
ELSBËTH.
Quel imbroglio me fais-lu là?
Chut! clîut! C'est un des offlciera du prince lui-même qui vient de me le dire. I^ prince de Mantoue est un véritable Almaviva ; il esl déguisé et caché parmi les aides de camp; il a voulu sans doute chercher à voua voir et à vous eonDaUre d'une manière féerique. Il est déguisé , le digne seigneur, il est déguisé comme Lindor ; celui qu'on vous a présenté comme votre futur époux n'est qu'un aide de camp nommé Harinoni.
ELSBCTH.
Cela n'est pas possible !
Cela est certain , certain mille fois, te digne homme est déguisé; il est impossible de le reconnaître; c'est une chose eitraordinairc.
Tu tiens cela, dis-tu, d'un ofUcier?
u gouvehnante.
D'un oHîcier du prince. Vous pouvez le lui demander à luimême.
- ELSDETn,
Et il ne t'a pas montré parmi les aides de camp le véritable prince de Mantoue?
LA COtlVEIWANTE.
Figurez-vous qu'il en tremblait lui-même , le pauvre hommo , de ce qu'il me disait. Il ne m'a confié son secret que parce qu'il désire vous être qgréable, et qu'il savait que je vous préviendrais. Quant h Harinoni, cela est positif; mais, pour ce qui est du prince véritable , il ne me l'a pas montré.