ACTE II, SCÈNE V
fille ferme le guichet.
Non , jamais je ne (tlerai , quand le ciel devrait in'écraseï- ! quelle cruauté rafTinée ! Voyez donc cette Barberine! elle lîtait cil désliabillé; elle va se mettre au lil; ii peine velue, en cornelle et plus jolie cent fois... A.h! la nuit vient; dans une heure d'ici 11 ne Tera plus clair.
Ainsi, c'est décida; il n'en faut pas douter. Non -seulement je suis en prison , mais on veut m'avilir par le dernier de» métiers. Si je ne flie, ma mort est ccrlaiue. Ah! la faim me talonne cruellemenl; voilà dix heures que je u'ai man^ré; pas une miette de pain depuis ce malin à déjeuner. Misérable Uladislas! puisses-tu mourir àe faim pour les conseils! Où diantre suis-jc venu me fourrer? que me suis-je mis dans la {éteP J'avais bleu affaire de ce comte Ulric et de sa bégueule de comtesse! Le beau voya^^e que je fuis! Pavais de l'argent, des chevaux , tout élait,ponr le mieux ; je me serais diverti à la cour; peste soil de l'enlreprise! J'aurai perdu mon patrimoine , et j'aurai appris à flier.
Le jour baisse de plus en plus, cl la faim augmenle en proportion. Est-ce que je serais réduit h Hier? Non, mille fois non; j'aimerais mieux mourir de faim comme un ijentilhomme. Diable! vraiment, si je ne lile pas, il ne sera plus temps tout à l'heure.
Comment est-ce donc fait, celle quenouille? quelle machine diabolique est-ce là? je n'y comprends rien. Comment b'ï prend-on? je vais tout briser. Que cela est entortillé I
0 Dieu! j'y pense, elle me regarde; cela est sur; je ne filerai pas.
Une voix en dthori.
Qui vive?
Le coavTt^ea tonne,
1^ couvre-feu sonne! Barberine va se coucher. Les lumières commencent à s'allumer. Des mulels passent sur la roule, et les bestiaux rentrent des champs. 0 Dieu I passer la nuit ainsil là, dans celte prison, sans feu, sans lumière! sans
i,CÙHl«^[c
souper ! te rroid I la faim! Uél holà 1 compagnon, u'y a-l-il pae un soldat de t;arde?
nABBERiNB , ouvront le guichet.
Eh bien7
■DSEMBEBG.
Je file, comtesse, je Ole; faites-moi douoer à souper. SCÈNE VI.
A la oour.
La REINE, (m COURTISANS, ULRIC.
Comte Ulric, le jour est arrivé où la gageure que tous avez tenue contre Aelolphe de Roscmberg doit avoir son eiécution. Voilà mon chaDccliPr qui en a lu les termes écrits, et nous avons jut^ par notre parole royale qu'aucune puissance humaine ne nous fléchirait. Où ,esl Rosemberg ? pourquoi ne pai-ait-il point?
Sacrée majesté , je puis vous expliquer la cause de son absence; ce sera vous apprendre en même temps le succès de notre gageure. Je commence parjurer sur mon honneur que je n'ai écrit ni Tait savoir à ma femme rien de ce qui s'était passé , et que je ne me suis oppose en rien à l'entreprise d'Aslolphe de Rosembcrg. Maintenant , j'oserai vous supplier de faire lire publiquement cette lettre que j'ai reçue de ma femme.
Lisez-la vous-même , comte Utric.
Il Mon très-cher et honoré mari ,
Il Nous avons eu au château la visite du jeune baron de Rosembec^ , qui s'est dit votre ami et envoyé par vous. Bien qu'un secret de cette uature soit ordinairement gardé par une femmeavecjustice, je vous dirai toutefois qu'il m'a parlé d'amour. J'espère qu'à ma prière et recommandation vous n'en tirerez aucune vengeance et que vous n'en concevrez aucune haine contre lui. C'est un jeune homme de bonne famille, et
point mectranl. 11 ne lui maoqnail que de savoir filer, et cest ce que je lui ai appris. Si vous avez occasion de voir son père h la cour , dites-lui qu'il n'en soit poiut inquiet, il est dans la chambre du haut de notre tourelle, où il a un bon lit, un bon feu, et un rouet avec une quenouille, et il Q le. Vous trou verei eilraordinaire que j'aie choisi pour lui cette occupation ; mais comme j'ai reconnu qu'avec de bonues qualités il ne manquait que de réfleiion , j'ai pensé que c'était pour le mieiii de lui apprendre ce métier, qui lui permel de réfléchira son aise, en même temps qu'il lui fait gagner sa vie. Vous savez que notre tourelle était autrefois une prison ; je l'y ai attira en lui disant de m'y attendre, et puis je l'y ai enfermé. Il y a au mur on guichet fort commode, par lequel ou lui passe sa nourriture , et il s'en trouve bien , car il a le meilleur visage du monde, et il engraisse à vue d'œil. Ce qui fait que je ne doute pas qu'il n'en sorte avec beaucoup d'avantage, et qu'en outre, si dans le cours de sa vie quelque malheur venait k l'atteindre, il ne se félicite d'avoir dans les mains un gague- . pain assuré pour ses jours.
n Je TOUS salue , tous aime et vous embrasse.
H Barbebine. <•
Si vous riez de cette lettre, seigneurs chevaliers. Dieu garde vos femmes de malencontrel 11 n'y a rien de si sérieux que l'honneur; comte Ulric, A cheTalI Votre gageure est gagnée; annoncex-nous; nous irons uous-méme Tisiler Totre comtesse chez elle; et nous ferons le voyage exprès, suivie de toute notre cour , afin qu'on sache que le toit sous lequel habile une femme cbaste est aussi saint lieu qu« l'église, et que les rois quittent leurs palais pour les maisons qui sont à
E LA CDENOUILLE I
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