‹ Comédies et proverbesChapitre 242 sur 304 · LA SERVANTE · texte numérisé non relu

LA SERVANTE

Madame ne les connaît doue pas? Ce sont les clercs de maître Andrâ.

JACQUELINE

Ah! est-ce que tu les connais, loi , HadeloD? Tu as l'air de rougir en disant cela.

LA SERVAIITE.

Moi, madame! pourquoi donc faire? Je les connais de les voir (dus les jours; et encore , je dis tous les jours. Je n'en sais rien , si je les connais.

JACQUELINE

Allons, avoue que tu as rougi. Et au fait, pourquoi t'en défendre? Autant que je puis en juger d'ici, c^garçona us sont pas si mal. Voyons , lequel préfères-tu ? tais-moi un peu tes confidences. Tu es belle Dlle, Madeinn; que ces jeunes gens le fassent la cour , qu'y a-t-il de mal à cela?

Je ne dis pas qu'il y ail du mal ; ces jeunes gens ne manquent pas de bien , et leurs familles sont honorables. H y a là un petil blond , les grisettes de la Grand'Rue ne font pas Q de son coup de chapeau.

JACQUELINE, l'approchant de la maiion.

Qni? celui-là avec sa moustache?

Ob! que non. C'est M. Landry, un grand flandrin qui n sait que dire.

Nenoi, nenni; c'mI M. Guillaume, un honnËte garçoa bien rangé ; mais se» cheveux ne frisent guère , et ça fait pitié le dimanche , quand il veut se mettre à danaer.

JACQDELIKE.

De qui veui-tu donc parler? Je ne crois pas qu'il y en ait d'autre que ceui-là dans l'étude.

LA SERVlKTIi.

Voua ne vojet pas à la fenêtre ce jeune homme propre et bien peigné? Tenez , le voili qui se penche ; c'est le petit For-

JICQUELINE.

Oui-dà , je le vois maintenant. Il n'est pas mal tourné , ma foi , avec ses cheveux sur l'oreille et son petit air innocent. Prenez garde à vous , Madelon , ces anges-lâ font déchoir les filles. El il fait la cour aui çrisetles , ce monsienr-IS , avec ses yeux bleusl* Eh bien ! Hadelon , il ne faut pas pour cela baisser les vûtres d'un air si renchéri. Vraiment, on peut moins bien choisir. Il sait donc qne dire , celui-là , et il a un maître à danser?

Ll SUIVANTE.

Révérence parler , madame , si je le croyais arooureui ici , ce ne serait pas de si peu de chose. Si vons aviez tourné la télé quand vous passiez dans le quinconce, vous l'aurici vu plus d'une fois, les bras croisés, la plume A l'oreille, vous regarder tant qu'il pouvait.

JICQIIELINB.

Plaisa n tel- vous , mademoiselle, et pensez-vous à qui vous parlez?

Un chien regarde bien un évèque , et il y en a qui disent que l'évéque n'est pas fâché d'être regardé du chien. Il n'est pas si sot, ce garçon , et son père est un riche orfèvre. Je no crois pas qu'il y ait d'injure à regarder passer les gens.

JIGQDFXINE.

Qui vous a dtlquec'estmoi qu'il regarde? Il ne vous a pas, j'imagine, fait de confidences lâ-dessus.

Quand un gardon tourne la télé, alla, madame, il ne Tant guère être femme pour ne pas deviner où les yeui s'en vont. Je n'ai que faire de se» confidences , et on ne m'apprendra que ce que j'en aais.

JACQUELINE

J'ai froid. Alitât me chercher on schall , et failes-moi grAcc de vos propos.

lÀUJDEtlNK, HUlS.

Si je ne me trompe, c'est le jardinier qne j'ai aperçu entre CM arbres. HolA ! Pierre, écoutez.

LE jÀHDiNiEB , entrant.

Vous m'avez appelé , madame?

JACQUELIKE.

Oui , entrez là ; demandez un clerc qui s'appelle Fortunio. Qu'il vienne id; j'ai à lui parier.

Lt jatMnitT tort. Un mitant aprèi , aOn Forlunio. FDnTDmo, Madame , on se trompe sans doute; on vient de me dire qae vous me demandiez.

JACQUEUKE.

Asseyez-vous, on ne se trompe pas. — Voua me voyez, monneur Fortunio , fort embarrassée, fort en peine. Je ne rais trop txHnment vous dire ce qne j'ai à vous demanda' , ni pourquoi je m'adresse k vous.

Je ne suis que troisième clerc; s'il s'agit d'une afbire d'importance, Guillaume, notre premier clerc , est là; souhaileivous que je l'appelle?

UCQCELmE.

Hais DOD . Si c'était une afiâire , e»Ux que je n'ai pas mon

Puis-je être bon b quelque chose? Veuillez parler avec confiance. Quoique bien jeune, je mourrais de bon cceur pour vous rendre service.

JACQUELINE

C'est galamment et vaillamment parler; et cependant, si je ic me Ironipe, je ne suis pas connue de vous.

FORTONIO.

L'étoile qui brille à l'horiion ne cod i la regardeal; mais elle est oonaoe du mi mine sur le coteau.

JACQUELINE

C'est uu secret que j'ai b vous dire , i motifs : d'abord tous pouTez me trahii mime en me servant , prendre de moi m i

Puis-je me soumettre A quelque éprei de iToire en moi.

JÂGQDEUNE.

Mais, comme vous dites, tous êtes bien TOUS pouvez croire en vous , et ne pas ti

FOBTDNtO.

Vous êles plus belle que je ne suis jei cceur sent , j'en réponds.

MC1}ITELINE.

La nécessité est imprudente. Voyei si ]i

FOHTCNIO.

Personne; ce jardin est déserl, et j'ai ti

JICQDELIHE.

Non, décidémcnl je ne puis parler; démarche inutile, et qu'il n'en soit jamai

HélasI madame, je suis bien fflalheurei

HCQDELINE.

C'est que la position où je suis n'a v commun. J'aurais besoin, tous l'avouer fait d'iin ami, etMpendani d'une actio quoi me résoudre. Je roe promenais dans dant ces espaliers; et je vonsdis, je ne u ai vu à celle fenêtre, j'ai eu l'idée de vou

Quel que soit le caprice du hqsard II qi permetlcE-moi d'en profiter. Je ne puis rôles; je mourra» de bon cœur pour vou

JiCQDBLINE.

Ne me le répétei pu Irop ; c'est le mojea de ma faire taire.

POHT(IM«.

Pourquoi? c'est le fond de mon cœur.

JACQUELINE

l'ourquoi? pourquoi? vous n'en savei rien, et je a'y veux soulemeut pes penser. 9oa ; ce que j'ai h vous decnander iia peut SToir de suite SMaai grave , Uieu merci ; c'est un rien , une bagatelle. Vous êtes un enfant , n'est-ce pas? Vous me trouvet peut-être jolie, et vous m'adresses légèrement quelques paroles de galsnterie. Je les prends ainsi, c'est tout simple ; tout homme à votre place en pourrait dire autanL

Madame , je n'ai jamais menti. Il est bien vrai que je sais un enfant, et qu'on peut douter de mes paroles; mais telles qu'ellessoot, Dieu peut les juger.

ItCeCELINE.

C'est boii; vous savei votre i4)e, el vous ne vous dédites pas. En voilà asseï là-dessus ; prenez donc ce siège , et mellez-

FORTomo.

Je le ferai peur vous obéir.

liCQSEUNE.

PardoDues-moi une question qui pourra vous sembler étrange. Madeleine, ma femme de chambre, m'a dit que votre père était joaillier. Il doit se trouver en rapport avec les marchands de la ville.

Oui, madame; je puis dire qu'il n'en est guère d'un peu considérable qui ne connaisse notre maison.

JACQUELINE

Par conséquent, vous avez occasion d'aller et de venir dans le quartier marchand , et on connaît votre visage dans les boutiques de la Grand^ue.

Page 1