PORTO MO
Oui , madame , pour vous servir.
JACQUELINE
Une femnM de mea amies a un mari avare et jaloux. Elle ne manque pas de fortune, mais elle no peut en disposer. Ses plaisirs, ses goûta, sa parure, ses caprices, si voustouIce,
quelle femme vit sans caprice? tout est réglé et coatrAlé. Ce n'est pag qu'au bout de l'année elle ne se trouve en postlion de faire face i de grosses dépenses; mais chaque mois, presque chaque semaine, il lui faut compter, disputer, calculer tout ce qu'elle achète. Vous comprenez que -la morale, tous les sermons d'économie possibles, toutes les raisons des avares, ne font pas faute au\ échéances- enfin , avec beaucoup d'aisaitce, elle mène la vie la plus gênée. Ktte est plos pcinvre que son tiroir, et son argent ne lui sert de rien. Qui dit toilette , en parlant des femmes, dit un grand mot, vous le savei. 11 a donc fallu , à tout prix , user de quelque stratagème. Les mémoires des fournisseurs ne portent que ces dépenses banales que le mari appelle « de première nécessité ; n ces choses-là se payent au grand jour; mais, à certaines époqnes convenues , certains autres mémoires secrets fout mention de quelques bagatelles que la femme appelle à son tour ii de seconde nécessité, H qui est la vraie, et que les esprits mal faits pourraient nommer du superflu. Moyennant quoi , tout s'arrange b merveille; chacun y peut trouver son compte, et le mari, sâr de ses quittances, ne se connaît pas assez en cblfToas pour deviner qu'il n'a pas payé tout ce qu'il voit sur l'épaule de sa femme.
* Je ne vois pas grand mal à cela.
JitCQUEUNE.
Maintenant donc, voili ce qui arrive : le mari, un peu soupçonneux, a fini par s'apercevoir, non du chiffon de trop, mais de l'argent de moins. Il a menacé ses domestiques, frappé sur sa cassette et grondé ses marchands. La pauvre femme abaudonnée n'y a pas perdu un louis; mais elle se bv)uve, comme un nouveau Tantale, dévorée du matin au soir de la soif des chiffons. Plus de coufideaU, plus de mémoires secrets , plus de dépenses ignorées. Celte soif pourtant la tourmente; A tout hasard elle cherche à l'apaiser. Il faudrait qu'un jeune homme adroit, discret surtout, et d'assez haut rang dans la ville pour n'éveiller aucun soupçon , voulût aller visiter les boutiques, et y acheter, comme pour luimême, ce dont ellepeut et veut avoir besoin. Il faudrait qu'il eût, tout d'abord, facile a cc^ dans la maison; qu'il pât entrer cl sortir avec assurance; qu'il eût bon goAt, cela est clair, et
qu'il iùl choisir k propo». Peut-être lerait-ce un heureuic haBord s'il se trouvait par là , dans la ville , quelque jolie et coquette fille à qui on eût qu'il fit sa cour. N'étcs-ïoua pas dans oe cas, je suppose? ce hasard-là justifierait tout. Ce serait alors pour la belle que les emplettes seraieat censées se faire, Vinlà ce qu'il faudrait trouver.
FORTUHIO.
Dites à votre amie que je m'offre à elle ; je la servirai de
JiCQDEUHE.
Hais si cela se trouvait ainsi , vous comprenez , n'eat-il pas vrai? que pour avoir dans la maison le libre acccs dont Je vous parle, le cou Bdeat devrait s'y montrer autre part qu'à la salit- basse? Vous comprenez qu'il faudrait que s« place fdt à la table et au salon? vous comprenez que la discrétion est une vertu trop diUIcilc pour qu'on lui manque de reconnaissance, mais qu'en outre du bon vouloir, le savoir-Êiire n'y gâterait rien? Il &udrait qu'un soir, je suppose comme ce soir, s'il faisait beau, il sût trouver la porte entr'ouverte et apporter un bijou furtif comme un hardi contrebandier. Il ^udrait qu'un air de mystère ne trahit jamais son adressej qu'il fût prudent, lesteet avisé, qu'il se souvint d'un proverbe espagnol qui mène loin ceui qui le suivent : Aux audacieuï Dieu prête la main.
FOBTDNIO.
Je vous en supplie , servez-vous de moi.
JACQUELINE
Tontes ces conditions remplies, pour peu qu'on fAlsdrdu silence, on pourrait dire au confident le nom de sa nouvelle amie. Il recevrait alors sans scrupule, adroitement comme une jeune soubrette, une bourse dont il saurait l'emploi, Preste ! j'aper^is Madeleine qui vient m'apporler mon manteau. Discrétion et prudence , adieu. L'amie , c'est moi ; le confident, c'est vous; la bourse est là au pied de la chaise.
ElU *ort.
GvilUiutM et Landry , tur le pa* de la porte.
Nous te disons que le patron te dema Arrive ici; on a besoin de toi. A
F]n yérité , cela est singulier, et cette