‹ Comédies et proverbesChapitre 248 sur 304 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

ba otumbre de Jacqueline.

Entre FORTUNIO.

Est-il un homme plus heoreoi que moi ? J'en suis certain , Jacqueline m'aime, et à tous les signes qu'elle m'endoune, il n'y a pas â s'y tromper. Déjà me voilà bien reçu , (Hé , choyë dans la maison. Elle m'a fait mellre à table à cAté d'elle; si elle sort, je l'accompagnerai. Quelle douceur, quelle vois, quel sourire 1 Quand son regard se &\e sur moi , je ne sais ce qui ine passe par le corps; j'ai une joie qui me prend k la goi^e ; je lui gaulerais au cou si je ne me retenais. Non , plus j'y pense , plus je réOétdiis , les moindres signes , les plus légères faveurs, tout est certain; elle m'aime, elle m'aime, et jeserais unsotdefTé si je feignais de ne pas le voir. Lorsque j'ai chanté tout à l'heure , comme j'ai tu briller ses yeux I Allons , ne perdons pas de temps. Déposons ici cette boite qui renferme quelques bijoui ; c'est une comminion ■ecFèie , et Jacqueline , silrcmeal , ne lardera p»B à venir. Etttre Janqaeline.

JACQtELINE.

Ëles-vouslà,FortuniD?

Oui. Voilà voire écrin , madame , et ce que vous i mandé.

JACQUELINE

Vous êtes homme de parole , et je suis contente de vi

Comment vous dire ce que j'éprouve? Un regard de vos yeux a changé mon sort, etjeno vit que pour vous servir.

JACQUELINE

Vous nous avez chanlé, à table, une jolie chanson tout à l'heure. Pour qui est-ce donc qu'elle est faite? Me la voulez- TOUS donner par écrit?

, madame; je meurs d'amour, cl Il aejelltà gtnwix.

D,niz=rtNGoOglc

JICQUEUNE.

Vroitneiil! Je croyais que voire rrfraio défendait do dii'c

Ahl Jacqueline, a;ei pitié de moi; ce n'est pae d'hier que je souffre. Depuis deux ans , h travers ces charmilles , je sub la trace de vos pas. Depuis deux aos , sans que jamais peut-être TOUS ayez su mon existence , vous n'êtes pas sortie ou rentrée, votre ombre tremblante et légère n'a pat paru derri^ tos rideaux, vous n'avei pas ouvert votre fenêlre, vous n'avez pas remué dans l'air, que je ne fusse là , que je ne vous aie vue; je ne pouvais approcher de vous, mais votre beauté, grâce à Dieu, m'appartenait comme le soleil à tous; je In cherchais, je la respirais, je vivais de l'ombre de votre vie. Vous passiez le matin sur le seuil de la porte, la'nuitj'y revennis pleurer. Quelques mots , tombés de vos lèvres , avaieut po venir jusqu'^ moi , je les répétais tout un jour. Vous cultiviez les fleurs, mn chambre en était pleine. Vous chantiez le soir au piano, je savais par eœur vos' romances. Tout ce que vous aimiez, je l'aimais; je m'enivrais de ce qui avait passé sur votre bouche et dans votre c»cur. Hélas 1 je vois que vous souriez. Dieu sait que ma douleur est vraie, et que je vous aime à

lACQUELING.

Je ne souris pas de vous entendre dire qu'il y a deui ans que vous m'aimez , mais je souris de ce que je pense qa'il y aura deux jours demain.

Que je vous perde , si ta vérité ne m'est aussi chère que mon amourl que je vous perde, s'il n'y a deux ans' que je n'existe que pour vous I

JICQOELINE.

Levee-vouB donc ; si on venait , qu'est-œ qu'on penserait de moi?

FOnTUNIO.

Non! je ne me lèverai pas, je ne quitterai pas cette place; que vous ne croyiez à mes paroles. Si vous repoussez mon amour, du moius n'en doulerez-vous pas.

lACQECLlM

Kst-c

FOBTumO.

Une entreprise pleine de craiate, pleine de misère et d'espérance. Je ne sais si je vis ou si je meurs ; commet j'ai osé vous parler , je n'en sais rien. Ma raiaon est perdue ; j'aime , je BouQJre; il faut que vous le sachiez, que ?ous le voyîec, qae vous me plaigniei.

lilCQtlELINB.

* Ne vB-l-ilpae rester là une heure, cemédiantHifantofastiaé? Allons, levei-vout , je le veux.

FonTONio , M Uvant.

Vous crojei donc à mon amour?

JACQUELINE

Non, je n'y crois pas; cela m'arraugeden'; pas croire.

FOHTDKtO.

C'est impossible 1 vous n'en pouvez donter.

lACQDELINE.

Bah I on ne se prend pas si vile i trois mots de galanterie.

De grâce I jetez les yeux sur moi. Qui m'aurait appris à tromper? Je suis un enfant né d'hier, et je n'ai jamais aiiué personne , si ce n'est vous qui l'ignoriez.

J1C11CEUNE.

Vous faites la cour aux frisettes, je le sais comme si je l'avais vu.

Voua vo«a moqnei. Qui a pu vous le dire?

JÂCQDELINE.

Oui , oui , vous allez à la danse el aui dtuers sur le gazon.

Avec mes amis, le dimanche. Quel mal y a-l-il à cela 7

JICQCELINE.

Je vous l'ai déjà dit hier; cela se conçoit ; vous êtes jeune, et à l'tge oii le oœnr est ridie , on n'a pas les lèvres avares,

FOBTDWIO.

Que fsul'il faire pour vous convaincre? Je. vous en prie, dites-le-moi.

JACQDEI.INE.

Vous demandez un joli conseil. Eh bienl il faudrait le prouver.

Seigneur mon Dieu, je u'si que deg larmes. Let larmes pronvenl-ell«a qu'on aime ? Quoi ! me voilà à genoux devant vous; mon cœur è chaque battement voudrait s'élancer sur vos lèvres ; ce qui m'a jeté à voa pieds , c'est une douleur qui m'écrase , que je combats depuis deux ans , que je ne peux plus contenir , et vous restez froide et incrédule? Je ne puis faire passer en vous une étincelle du feu qui rae dévore? Vous uie7 même ce que je souffre , quand je suis prêt à mourir devant vous? Ah! c'est plus cruel qu'un refus! c'est plus affreux que le mépris! L'in différence elle-même peut croire, et je n'ai pas mérité cela.

IjtCQDELIKE.

Debout! on vient. Je vous crois, je vous aime; sortes par le petit escalier ; revenez en bas , j' j serai.

£II« iOTl.

Elle m'aime! Jacqueline m'aime! elle s'éloigne, elle me quitte ainsi 1 Non , je ne puis descendre encore. Silence 1 on approche; quelqu'un t'a arrêtée; on vient ici. Vite, sortons] (JI Uve ta tapiuerie.) Ah ! la porte est fermée en dehors , je ne puis sortir; comment faire? Si je descends par l'autre côté, je vais rencontrer ceui qui viennent.

VeneE donc, veneidonc un peu!

rOBTBNIO.

C'est le capitaine qui monle avec elle. Cachons-nous vile, et attendons; il ne faut pas qu'on me voie id.

Il le eaehe data le fond de Valeâve Entrent Ctavaroehe st Jacqueline.

CLIVIBOCBE, se jetant tur un lofa.

Parbleu , madame, je vous cherchais partout; que faisiezvous donc tonte seule?

lACQCEUNE, à part.

Dieu soit loué , Fortunio est parti.

IILAVIHOCHE.

Vous me laisset dans un têle-à-téte qui n'est vraiment pas supportable. Qu'ai-je à taire avec maître Ajudré , je vous prie? Et justement vous nous laissez ensemble , quand le vin joyeux

de l'époui doil me reodre plus prédetix raimablcciitrelicn de la femme,

FORTDMO, cacKi.

C'est eriagulter; que Teut dire ce«iï

CLAVjtnoGKE, ouvrant Vécrin qui M tur la tobU. Vojong UD peu. Sonl-ce des anneaux? et dites-inoi, qu'en vonlei-vouB faire? Est-ce que vous faites un cadeau?

IWQÇELINE.

Von Hvei bien que c'est notre fable.

Hais, en crnscience , c'est de l'or. Si vous comptn tous les matins user du même stratagème , notre jeu finira bieoldt par ne pas valoir... A propos 1 que cedlaer m'a amusé, el qudie curieuse figure a notre jeune initiél

FOBTUNIO, caché.

Initié! à quel mystère! est-ce de moi qu'il veut parler?

La chaîne est belle; c'est un bijou de prix. Vous avez eu là une singulière idée.

Abl il parait qu'il est aussi dans la confidence de Jacqueline.

Comme il tremblait, le pauvre gar^n , lorsqu'il a soulevé son verrel Qu'il m'a réjoui avec ses coussins, et qu'il faisait plaisir A voir t

Vous rendrez cela , je suppose, au bijoutier qui l'a fourni.

FOBTUNIO , de mimt.

Rendre la ct)a1ncl et pourquoi dooc'î

Sa chanson surtout m'a ravi , et maître André t'a Inen remarqué ; il en avait, Dieu me pardonne , la larme h l'rail pour tout de bon.

Page 1