MADELON
Vous avez donc afbire ani arbres? Elle est bien inquiète, allei : toute la maison est en colère.
Vous voiU donc, monsieur I on vous cherche parlont; voilàunmotd'écrit pour vous, que notre maîtresse m'adonne tantM.
FORTirNio , lisant.
■ A mianit, ce soir, au jardin. •
Baui.
C'est de la part de Jacqueline?
Oui, monsieur; y a-t-it réponse?
suiLUOME, entrant.
Que fais-to donc, Fortunio? on le demande dans l'élude.
Ty vais, j'y vais.
Boâ à lUadeton.
Qu'est-ce que tu disais tout à l'heure? Quelle inquiétude a ta ma (tresse?
:,,.HNtSt>o<;5lc
HIDELON, bat.
C'eat un »ecreti maître André s'est fâché.
FORTDNIO, de mémt.
Il s'çet fâché? Pour quelle raieoD?
HiDELUM , de mémt.
Il s'est mis en léte (|ue madame recevait quelqu'un ?n secret. Vous a'en direi rien , n'est-ce pas? Il veut se cacfaer cette nuit dans l'étude; c'est moi qui ai découvert cela , et si je vous le dis , dame ! c'est que je pense que vous n'y èles pas iiidilTërent.
FOHTOMO.
Pourquoi se cacher dans l'étude?
MAOELON.
Pour tout surprendre et Taire son procès.
FOBTUNIO.
En vérité I est-ce possible?
LE JtnDIMPR.
Y a-t-il réponse, monsieur?
poutdnio.
l'y vais moi-même; allons, partons.
/Il lorlont.
SCËNE 111.
Dm ahambre.
lACQUELINE, seutt.
Non , cela ne «e fera pas. Qui sait ce qu'un homme comme maître André, une (ois poussé è la violence, peut inventer pour se venger? Je n'enverrai pas ce jeune homme à un péril aussi affreni. Ce Clavaroche esl sans pitié; tout est pour luj champ de bataille , et il n'a d'entrailles pour rien. A quoi botk ciposer Fortunio , lorsqu'il n^j a rien de si simple que de n'exposer ni soi ni personne ? Je veui croire que tout soup^n s'évanouirait par ce moyen; mais le moyen lui-même est ua mal , et je ne veui pas l'employer. Non , cela me coâte et me déplaît; je ne veui pas que ce garçon soil maltraité ; puisqu'il dit qu'il m'aime , ch bien ! soit, ie ne rends pas le mal pour le bien.
Entre Forttmio.
On a dû vous remettre un billet de ma pari; l'avez-voua lut
On me l'a remis, et je l'ai lu ; vous po>
JACQUELINE
C'est iDulil«, j'ai i^ngé d'avis; déchin jamais.
FOnTUNIO.
Pnis-je TOUS «erïir en quelque aulre i: jïCQDEUHE, à part.
C'est singulier , il n'insiste pas.
Haut.
Hais nou ; je n'ai pas besoin de vous. Ji: votre chanson.
La voilà. Sonl-ce tous vos ordrw?
Oui; je crois que «ui. Qu'a' te me sembk.
Si ma présence vous 6st inulile, pernn
JACCDEUME.
Je l'aime beaucoup, celle chanson ; elli qui va avec voire coifÀire, et elle est bien FonTïNio.
Vous avez beaucoup d'indulgence.
JACQUELINE
Oui, voyei-vouB, j'avais eu d'abord venir; mais j'ai réfléchi, c'est une folie; écoulé. Hctlez-vouB donc au piano , et romance.
FOBTUMO.
Eicusei-moi , je ne saurais maintenant.
JACQUELINE
El pourquoi donc? Etes-vous souffrant chanl capricef J'ai presque envie de voulo bon gré mal gré. Esl-ce que je u'ai pas q gneur sur celle feuille de papier-la?
EtU place la ehame
Ce n'est pas mauvaise volonlé; je ii Icinps , et mailrc André a besoin de ii
4Z6 LE tHANDKLIEK.
lAcgUEUNE.
Il me plail ataev que vous so;ei grondé ; assejec-voua là et chantei.
Si TOUS l'eiigez , j'obéis.
Il t'tuiitd.
Eh biçn ! à quoi peuKz-Tous donc? E^t-ce que vous atlead«z qu'on vienne?
Je BoafTre; ne me rete^z pas.
JACQUELINE
Chantez d'abord , nous verrons ensuite si vous soulTrez et si je vous retiens. Chantez, vous dis-Je, je le veu». Vous ne chantez pas? Eh bient que fait-il donc? Allons, voyons, si vons chantée, je vous donnerai le bout de ma mitiiiK.
Tenez , Jacqueline, écoutez-moi. Vous auriez mieui fait de me le dire , et j'aurais consenti à tout.
JACQUELINE
Qu'esl-ce que vous dites? de quoi parlez-vous?
Oui, vous auriez mieux (ait de mekdire'.ouî, devant Dieu, l'aurais tout fait pour vous.
• JACQUELINE
Tout fait pour moi? Qu''en tendez-vous par là?
Ah! Jacqueline, Jacqueline! il faut que vous l'air beaucoup ; il doit vous eu coûter de mentir et de railler a
Je voua en supplie, ne mentez pas davantage; en voilà assez; je sais louC
JACQUELINE
Hais enDn , qu'est-ce que vons savei?
FOBTltKIO.
J étals hier dans votre chambre lorsque Clavaroehe élail là.
Oui, j'y «lais; au nom du del, ne dessus.
Vn tiknce.
JACQUELINE
Puisque TOUS savez tout, moDsieur, il uaat qu'à \ùut prier de gai'der le sileii< torts envers vous pour De pas même voi faiblir ù vos yeux. Ce que la nécessité coi elle peut entraîner, un autre que voua I élre, et pourrait, sinon pardonner, d< conduite. Hais vous êtes malheureusem inléresséo pour en juger avec indulgent j'attends.
FOBTUNIO.
N'ayez aucune espèce de crainte. Si je vous nuire , je me coupe cctle main-là.
MCQDCUHE.
Il me suffit de votre parole, et je n'ai) Je dois même dire que, si vous l'oubli moins le droit de m'en plaindre. Hon i ter sa peine. C'est mus vousconnajtre, c suis adressée à vous. Si celte circonsi moindre, elle rendait mon danger plus gi suis exposée, traitez-moi donc comme voi qnes paroles échangées hier voudraient cation. Ne pouvant toutjustilier , j'aime tout. Laissez-moi croire que votre orgi sonne olTensée. Si cela est, que ces deux j tard, nous en reparlerons,
FOBTtno.
JaiDais; c'est le souhait de mon cœur.
MCQDEUME.
Comme vous voudrei; je dois obéir.
d«ie plus vous voir , j'aurais un mot A ajo je suis sans crainte , puisque vous me pi Mais il ciiste une autre personne dont la maison peul avoir an suites fâcheuses.
FOBTUmO,
Je n'ai rien à dire à ce sujet.
MCQDELIKE.
Je vous demande de m'écouter. Ud éclat eutre vous et lui , vous le seolet, est fait pour me perdre. Je ferai tout pour le prévenir. Quoi que vont puissies exiger , je m'y soumettrai sang murmure. Ne me quittez pas sans y rétlécbir; dictez vous-même les coaditioDS. Faut-il que la personne dont je parle s'éloigne d'ici pendant quelque temps? Faut-il qu'elle s'excuse prés de vous? Ce que vous jugerei convenable sera reçu par moi comme une grâce, el par elle comme un devoir. Ir de quelques plaisanteries m'oblige à vous intera point. Que décidei-vous? réponde*.
Je n'exige rien. Vous l'aimei ; soyez en paii tant qu'il vous
JACQUELINE
Je vous remercie de ces deux promesses. Si vous veniei à vous en repentir, je vous répète que toute conditioa sera reçue, imposée par voue. Comptez sur ma reconnaissance. Puis-jedès k présent réparer autrement mes torts? Ëst-il eu ma disposition quelque moyen de vous obliger? Quand vous ne devriez pas me croire, je vous avoue que je ferais tout au monde pour TOUS laisser de moi un souvenir moins désavantageui. Que puis-je faire? je suis à vos ordres.
FOHTCBIO.
Rien. Adieu, madame. Soyez saus crainte; vous n'aurez jamais à vous plaindre de moi.
/( va pour lorlir rt prend m
Et qu'en ferez-vons, cruelle que vous êtes? Vous me parlez depuis un quart d'heure, et rien du cœur ne vous sort des Uvres. U s'agit bien de vos eicu»es , de sacriBces et de réparations! il s'agit bien de votre Clavarochc el de sa sotte vanité I ii s'agit bien de mon orgueil I Vous croyez donc l'avoir bleasé? voue croyez doue que ce qui m'afUige, o'esl d'avoir élé pris peur dupe l'I plaisanté a ve dîner? Je ne m'en sou-
\ieDS seulement pas. Quand je vous di» que je vous aime , vous crojrez donc que je n'en sens rien? Quand je voas parle de deux ans de souffrances, vous croyez donc que je Tais comme TOUS? Eh quoi ! vous me brisez le cœur , vous prétendez vous en repentir , et c'est ainsi que vous me quiltez '. La nécessité , dites-vous , vous a fait commettre une faute, et vous en avez du regret; vous rougissez , vous détournez la léte; ce que je soufTre vous fait pitio ; vous me voyez , vous comprenez votre ceuvre; et la blessure que vous m'avez faite, voilà comme vons la guérissez! Ah! elle est au cceur, Jacqueline, et vous n'aviez qu'A tendre la main. Je vous le jure, si vous l'aviez voulu , quelque honteux qu'il soit de le dire , quand vous eu souririez vous-inême, j'étais capable de consentir ii tout. 0 Dieul la force m'abandonne; je ne peux pas sortir d'iei.
n s'appuie iur un meuble.
JtCQDELINE.
Pauvre enfant! je suis bien coupable. Tenez, respirez ce
FORTCHIO.
Ahl gardez-les, gardez-les pour lui, ces soins dont je ne suis |ias digne ; ce n'est pas pour moi qu'ils sont faits. Je n'ai pas l'esprit inventif, je ne suis ni heureni ni habile ; je ne saurais à l'occasion forger un profond stratagème. Insensé ! j'ai cru être aimél oui, parce que vous m'aviez souri , parce que votre main tremblait dans la mieiine , parce que vos J'eus semblaient chercher mes yeux et iii'iiiviler comme deux anges à un festin de joie et de vie; parce que vos lèvres s'étaient ouvertes, el qu'un vain son en était sorti; oui , je l'avoue, j'avais fait un rêve , j'avais cru qu'on aimait ainsi ! Quelle misèrel Est-ce à une parade que votre sourire m'avait féliâté de la beauté de mon cheval? Est-ce te soleil , dardant sur mon casque, qui vous avait ébloui les yeux? Je sortais d'une salle obcure , d'où je suivais depuis deux ans vos promenades dans une allée; j'étais un pauvre dernier clerc qui s'ingérait de pleurer en silence. C'était bien là ce qu'on pouvait aimer !
Pauvre enfant!
Oui, pauvre enfant! dites-le e
rêve ou M je veille, et, malgré lout,M vmis Dem'aimei pas. Depuis hier je tuia aasw à terre , je me frappe le c«eur et le front; je me rappelle ce que mes jreui ont vu , ce que mes oreilles eut entendu , et je me demande «i c'est passible. A l'heure qu'il esl, vous Die le dites, jelesea», j'easoulfre, j'en meurs, et je n'y crois ui ne le comprends. Que tous avaii-je lait, Jacqueline? Comment se peut-il que , sausaucon motif, sans avoir pour moi ni amour ui haine , sans me connaib« , sans m'avoir janaais vu ; comment m peut-il que vous q»e tout le monde aime , que j'ai vue taire la dtarilé et arroser ces fleurs que voilà, qui êtes bonne, qui crojei eu Dieu , à qui jamais... Âh! je vous accuae , vous qne j'aime plus que ma vie! ftciell vous ai-je fait un reproche? Jacqueline, pardonnez-moi.
JICQUEUNE.
Calmei-vous, venez, calraez-vous.
rOKTtlNIO.
Et à quoi suis-je bon, grand Dieu! sinon à vous donner ma vie? sinon au plus cbétir usage que vous voudrez faire de
pieds une épine? J'ose me plaindre, et vous m'aviei choisi! ma place érait à votre table , j'allais compter dans votre existence. Vous alliez dii'e À la nature eutîère, à ces jardins, ï ces prairies, de me sourire comme vous ; votre belle et radieuse image commençait à marcher devant moi , et je la suivais; j'allais vivre... Est-ce que je tous perds, Jacqueline î eslce que j'ai fait quelque chose pour que vous me cbatelei? pourquoi donc ne voulez-vous pas IJlire encore semblant de
fl tombe jaiu connatuancs.
jtCQDEUNE , courant à lui.
Seigneur, mou Dieul qu'est-ce que j'ai fait? Fortuoio, revenez â vous.