ACTE I, SCENE I. T
cÉsinio.
C'esl ainei qu« tout puee sous le Htkil. Uoî , Micbel-Auge ra'enuuyait; je suis bien 4ise qu'il eoit mort.
Quel génie que le «iea 1
Eh bien ! oui , c'est un homni» de génie ; qu'il nous laisse lranquille«. As-Ui vu le tableau du Pontormo?
tlOMEl.
Et j'y ai vu le siècle tout entier : un homme incertain entre mille chemins divers, la caricature des grands maîtres; se noyant dans son propre enthousiasme, capable de se retenir, pour s'en tirer , au manteau gothique d'Albert Durer.
Vive le gothique ! Si les arts se meurent , l'antiquité ne rajeunira rien. Tra deri da ! Il nous Tant du nouveau.
ANDRÉ DEL siKTO , entrant et parlant à un vaUt. Dites à Grémio de seller deux chevaui, un pour Ini et un pour moi. Nous allons k la ferme.
cËsÂBio, contimtamt.
Du nouveau k tout prix , du nouveau 1 Eh bien 1 maître , quoi de nouveau ce matin 1
Toujours gai , Césario? Tout est nouveau aujourd'hui , mon enfant ; la verdure , le soleil et les thurs , tout sera encore nouveau demain. 11 n'y a que l'homme qui se fasse plus vieui, tout se fait plus jeune autour de lui chaque jour. Bonjour , Lionelj levé de si Itonne heure, mon vieil ami?
CÉSAMO.
Alors les jeunes peintres ont donc raison de demander do neuf, puisque la nature elle-même en veut pour elle, et en donnée tous.
UONËL.
Songes-tu k qui tu paries?
itMDKÉ.
Ah! ahl déjA en train de discuter? (.a discussion, mes bons amis, est une terre stérile , croyez-moi; c'est elle qui tue tout. Moins de préfaces et plus de livres. Vous êtes peintres, mes enfants ; que votre lH>uchosoitmuettc,et que votre main droite parle pour tous. Eco o le- moi cependant , Césario- Là
i,CÙHl«^[c
8 ANDRE DËL SAKTO.
Dature veut toujours être nooTelle, c'tet vrai; mais elle reste toujours la même. Es-tu de ceui qui sonbsiteraient qu'elle changeât la couleur de sa robe , et que les bois se colorasseul en bleu ou en rouge? Ce u'est pas ainsi qu'elle l'entend; à cAté d'une fleur fanée naît une tleur toute Kcmblable , et (tes milliers de familles »e reconnaissent bous la rosée auk premiers i-ayons du soleil. Chaque matin, l'angede vieet de mort apporte à la mtirc commune une nouvelle parure , mais toutes ses parures se ressemblent. Que lesarlsldcbent de faire comme elle , puisqu'ils ne sont rien qu'en l'imilanl. Que chaque siècle voie de nouvelles mœurs, de nouveaui coBtumes, de nouvelles pensées; mais que le génie soit invariable comme la beauté. Que de jeunes mains, pleines de frirce et de vie, revivent avec l'espect le flambeau sacré des mains tremblanlea des vieillards; qu'ils la prolégenl du souille des vents, cette tlamme divine qui traversera des siècles futurs . comme elle a fait des siècles passés. Retiendras-tu cela , Césario? Et maintenant, va travailler; k l'ouvrage 1 à l'ouvrage! la vie est si court*! /I Itptnate dant l'atelier.
A Liontl.
Nous vieillissons, mon pauvre ami. La jeunesse ne veut plus guère de nous. Je ne sais si c'est que le siècle est un neiiveau-né, ou un vieillard tombé en enfonce.
LIONEL
Mort de Dieu ! il ne faut pas que vos nouveaux venus m'échaufTeut par trop les oreilles! je finirai par garder mon ëpëe pour travailler.
Te voilà bien , avec tes coupa de rapière, brave Lionel ! On ne tue aujourd'hui que les moribonds ; le temps des épées est passé en Italie. Allons , allons , mon vieux, laisse dire les bavards , et lichens d'être de noire temps ^ jusqu'i ce qu'on nous enterre.
Damiea entre.
Eh bien , mon cher Damien,t^ordiani vient-il aujourd'hui'?
DlIflEN.
Je ne crois pas qu'il vienne , il est malade.