ACTE V, SCÈNE IL
l'amiral.
Le ton sévère de Votre Altesse me prouve la durée de ses soupçons.
LA VICE-REINE
Vous étiez chez elle cette nuit?
l'amiral.
L'heure que j'avais choisie m'excuse assez ; l'intérêt qui m'y conduisait n'est pas tel , que j'osasse vous en parler en des momens si funestes.
LA VICE-REINE
Vous aviez reçu l'ordre du roi d'arrêter le duc.
l'amiral.
J'aurais obéis ce matin, si je n'avais été arrêté moi-même. Ni le devoir, ni l'honneur ne me permettent d'en garder le ressentiment. Mon zèle à vous défendre sera ma justification.
la vice-reine.
Savez- vous quelques détails de la rébellion , Monsieur?
l'amiral.
De très-alarmans. La ville entière est soulevée. La haine pour le roi d'Espagne est le prétexte, et l'on entend crier partout le nom du duc de Bragance.
Quelques misérables las de vivre, ou payés pour se mutiner.
l'amiral.
C'est une révolte ouverte , et l'on a déjà fait une attaque
au fort du château.
la vice-reine.
O ciel !
146 PINTO
l'archevêque.
N'alarmez donc pas Son Altesse, ne l'alarmez pas. Il faut envoyer là , pour balayer ces factieux , le premier corrégîdor, un fouet à la main.
l'amiral.
Je doute qu'un si grand trouble s'apaise ainsi. Le Duc lui-même est entré dans la ville dès le point du jour ; il combat à la tête des siens , et sa troupe , enhardie par ses discours et son exemple, a déjà mis en fuite la garde allemande.
LA VICE-REINE
La garde allemande !
l'archevêque.
Impossible ! impossible ! vous êtes mal instruit.
l'amiral.
Cette révolte pourra devenir une révolution, si l'on n'en prévient les suites. Il me semble que ce sera chaud.
l'archevêque.
Non , ce n'est que le peuple.
l'amiral.
C'est pour cela même.
LA VICE- REINE
Déjà vous refusiez de croire aux brigues de dom Juan , en voici d'évidentes preuves.
l'archevêque.
Eh hien ! j'ai eu tort... C'est un rebelle , on le punira.
LA VICE -REINE
Que devient Vasconcellos?... O grand Dieu! quel conseil suivrai-je? quel parti prendre ?