NELLO, ALVARE
LE CAPITAINE
Non , mais^de braves militaires qui vous protègent.
l'archevêque.
Je veux sortir... je veux me montrer en personne au peuple.
LE CAPITAINE
Gardez-vous en bien.
Eh ! qu'oserait-il me faire ? ma dignité. . . .
le capitaine.
11 jetterait votre dignité par les fenêtres 1 .
l'archevêque.
Mais, mais, mais, conçoit-on une rage pareille? la conçoit-on?
MELLO
Ah! voici le roi! voici la reine!.... vivent Leurs Majestés.
TOUS
Vivent Leurs Majestés î
1 Mot historique.
SC*KX T&SXXlàKS.
les même», LE DUC et LA DUCHESSE DE BRA- GANCE, PINTO, MADAME DOLMAR, suite.
LE DUC
Vos acclamations de joie , mes amis, sont le plus doux prix de mes efforts pour la conquête de votre liberté! Braves Portugais , qui de vous eût permis que Ton souillât l'honneur de ce jour? Des voix terribles s'élevaient de toutes parts , une foule irritée pressait les portes.... La vice-reine eut l'aveugle témérité de les ouvrir et de paraître... Oh ! sans mon autorité déjà reconnue , sans mon secours... Je m'élance parmi ces furieux , je les écarte , et le ciel qui nous favorise n'a pas voulu que ma gloire , que votre délivrance fussent payées par un forfait.
La fortune a donc trahi la vice-reine!... Tandis que Ton nous annonçait, Madame, la capitulation de votre époux!...
LA DUCHESSE
Lui , capituler ! il a su vaincre , et se frayer un chemin jusqu'à la citadelle dont le gouverneur s'est enfin rendu. Déjà les preuves de sa clémence ont suivi celles de son courage. Cependant il craignit de ne pas maîtriser les transports excités au sein du peuple par sa victoire. La multitude, les soldats menaçaient hautement la vice-reine. . . Calmez-vous, Monsieur; nous sommes accourus l'arracher
à ses dangers. Messieurs , secondez-moi encore. Mon dessein ne fut jamais de tirer un profit cruel des avantages de cette journée. J'eusse même respecté b puissance espagnole , si les perfidies de Vasconcellos ne m'avaient contrainte à chercher des défenseurs pour ma famille. Mes périls m'ont appris à courir an-devant de ceux de votre maîtresse. Elle est en sûreté désormais : on la conduit dan» un appartement de la maison royale de Xabrégas , à l'extrémité de Lisbonne.
TOUS
Vivent les Portugais l
PINTO
Eh bien. Sire ! mon zèle a-t-il trompé le duc de Bragance?
LE DUC
Qu'est devenu 1 ennemi public? Où s'est caché Vasconcellos?
Dans le fond d'une armoire , sous des papiers , registres de ses crimes , pièces de la condamnation qu'il a subie.
LE CAPITAINE
Les portes de sa maison sont enfoncées, ses meubles brisés... Il a pillé , ruiné , proscrit : on le proscrit , on le ruine, on le pille. Bonnes représailles !
PINTO
Cela n'est pas légal... niais juste.
LE DUC
Et sa personne?
SANTQNELLO.
Une vieille servante effrayée nous a montré du doigt sa
cachette ; nous l'avons ouverte : il a tenté de se sauver en nous éblouissant de deux coups de pistolet...
LE CAPITAINE
Mais moi, ventrebleu! je l'ai... Chut! ne parlons plus de cela. Il ne faut pas s'attrister de ces petites circonstances , au dénouement.
LE DUC
Ça , mes amis , ne craignez pas de me rappeler vos services : j'acquitterai ma dette envers vous. — Almada , je vous nomme lieutenant-général de mes troupes, et membre de mon conseil.
ALMADA.
Votre Majesté récompense dignement mon zèle pour le pays.
Mello, vous êtes grand-écuyer : Mendoce , surintendant de mon palais ; et tous deux aussi , de mon conseil.
MELLO
Sire , je n'attendais pas moins de votre générosité.
mendoce.
Sire , je me félicite d'avoir tout risqué pour votre conservation.
le duc.
L'archevêque de Lisbonne est monté à la chambre souveraine de Relation annoncer au peuple notre victoire et mon avènement au trône. Si je ne fusse resté dans la capitale , c'est à lui que j'aurais confié la régence. 11 vous invite avec moi , M. de Dragues , à partager les fonctions que je lui donne dans le ministère.
l'archevêque.
Vous ne vous offenserez pas de mon refus... le devoir* m'attache à la vice^reine... Votre caractère vertueux m'est connu , et je suis tranquille.
pinto à M. de Bragues.
Ça , Monseigneur , n'étes-vous pas surpris de cette révolution?
l'archevêque»
Pas trop , pas trop.- car , voyez-vous , j'avais dans l'esprit quelque idée de l'événement... Mes pensées, parfois,, sont obscures, vagues... Mais , étant de ma nature méditatif, je perce, je débrouille les nuages à la fin... et dans le fond , j'ai toujours pressenti la chose... Je prévois même encore que tout cela ne durera guère... Cela ne peut pas durer , cela ne durera pas.
Il salue et se retire, PINTO.
Fiez-vous là dessus , pour votre consolation.
santonello au duc de Bragance.
Le plus humble de vos serviteurs ne prétend rien aux biens de ce monde ; mais s'il vaque un petit bénéfice , ne m'oubliez pas.
le duc Vivez dans l'espérance et ayez foi en votre Seigneur. — Quoi ! vous aussi, Alvare , vous avez marché?
ALVARE
Suis-je jamais le dernier, moi? On m'a vu me jeter comme un lion dans la mêlée. . .
le capitaine.
Quelle mêlée?...
ALVARE
Parbleu ! devant la garde espagnole , qui faisait un feu du diable.
LE CAPITAINE
Bah 1 de la poudre aux moineaux ! ... Je le sais, j'y étais».
ALVARE
Et près du corps de garde allemande , c'était un enfer! on s'y tuait en enragés.
Bah ! des riens , des gourmades , des batteries de caLaret !... Je l'ai vu , j'y ai mis le holà !
alvare.
Et sous le château ? n'était-ce pas un vrai carnage ?
LE CAPITAINE
Quelques frottées. . . Mais bah ! j'en ai vu bien d'autres 1
ALVARE
Sire, je ne me vante pas; mais je tte recommande à vous.
le duc souriant* Mon brave, je vous fais camérier et chef des cérémonies,
LE CAPITAINE
Et moi , Sire ?
le duc, lui touchant sur P épaule.
Commandant de mes gardes. — Mais toi, toi, Pinto, ne demandes-tu rien dans ce nouveau gouvernement ?
PINTO
Pas la moindre chose , Sire : qu'ai-je fait?
LE DUC
Tout.
PINTO
Mon devoir , en vous obéissant.
Tel est le langage du mérite ! On le doit d'autant plus avancer , que sa modestie le tient en arrière. Le secrétaire du duc de Bragance sera le secrétaire intime du roi de Portugal , et son premier conseiller.
MADAME DOLMAR
Quoi , Pinto ! vous m'avez fait mystère de tout ceci , à moi I
pinto.
Que vous dire? on ne faisait pas la guerre aux femmes.
LA DUCHESSE
Le roi me veut -il donner madame Dolmar pour première dame de compagnie?
LE DUC
Vous prévenez mes désirs.
MADAME DOLMAR
Et Vos Majestés comblent tous les miens. Grand merci, Pinto ! N'est-ce pas vous qui me valez cette honorable faveur?
PINTO
Un peu , j'imagine. Voyez tous ces gens-là : je serai l'artisan de leur fortune comme de la vôtre ; eh bien ! la plupart ne me reconnaîtront plus , quand ils seront en place. C'est là le train des cours , et je m'en dépiterais , si je n'étais qu'un sot.
MADAME DOLMAR
Chut ! ne faites plus de confidences qu'à votre muet.
PINTO
Je yeux le faire nommer chancelier.
MADAME DOLMAR fiant.
Ah ! ah ! pour qu'il nous taise le reste.
LE DUC
Pinto, tu seras à jamais mon ministre le plus cher. Dites à F Amiral qu'il est libre d'aller annoncer à son roi que ce jour l'enrichit par la confiscation de mon duché et de tous mes biens. Mes enfans, je me sens aujourd'hui votre père. Félicitez vos frères d'armes : leur courage , que j'ai eu la gloire de guider , s'est emparé du fort qui menaçait Lisbonne et votre liberté.
PINTO
Portugais ! honneur aux guerriers qui nous défendent , aux écrivains qui nous éclairent 1 et que des lois sages, inaltérables , succèdent aux caprices irréguliers d'une autorité usurpatrice.
RICHELIEU
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