‹ Comédies historiquesChapitre 121 sur 260 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

JACQUE seul.

Mes hardes et mon croc sont tout mouillés de pluie... Sans drap pour s'habiller, quelque temps qu'il essuie ,

Au vent, tous les hivers , n'ayant ni feu ni lieu, Un pauvre homme ne vit que par grâce de Dieu ! Nuit et jour il pâtit , gèle , sue et travaille , Pour nourrir des faquins qui le nomment canaille...

178 RICHELIEU

Comment tous appeler, tous, qui dans vos maisons Babillant et dormant à l'abri des saisons, Eclairés et chauffés pendant la nuit entière, Méprisez tant les gueux, sans pain et sans lumière? Quels soucis avez-vous que de vous amuser?

Vous changez vos manteaux avant de les user; Vos fils font les bourgeois, parés comme des femmes, Et vos bourgeoises font partout les grandes dames : Tandis que, sans le sou, père de trois marmots, Pour tout bien, j'ai ma hotte ou mes crochets au dos, Et, pour lit, de la paille en un coin d'écurie : Si je vais m'y coucher! ma famille me crie :

Papa! papa! la soupe!... Et moi, qui sens saigner Mon cœur , je leur réponds : « Allez -en donc gagner, Petits drôles! » Mordié ! qu'à vivre on a de peine ! Parfois au cabaret qu'un compagnon me mène Pinter le broc de vin qu'il s'offre de payer ; Si chez ma femme après je rentre... m'égayer; Elle m'appelle chien! dissipateur! ivrogne... Courage ! il faut pourtant nous mettre à la besogne... Mon amadoue est là, mon briquet, mes cailloux, Le papier qui me sert de lanterne...

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