‹ Comédies historiquesChapitre 123 sur 260 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

A force de prudence on est quasi poltron.

Ce hardi cardinal, qui nous trouble dans l'ame,

Ce Richelieu parfois tremble comme une femme :

Lui-même n'a de paix ni d'esprit ni de corps :

Le soupçoù au dedans, le péril au dehors,

L'assiègent ; et tandis qu'à sa seule parole

Tout frémit, il a peur d'une mouche qui vole.

S'il eût vu, comme nous, luire un feu de briquet,

Dans l'ombre, il se fût cru visé d'un pistolet.

Le plus vil des marauds eût donc glacé de crainte

Le grand homme qui tient les grands dans la contrainte ;

Ce ministre d'Etat eût pu même avec soin

Interroger, tâter le portefaix du coin :

De ceô exemples-là toute l'histoire abonde ;

Et cela fait pitié pour les héros du monde !

VÀUTIER.

Par ma foi J si j'étais Armand de Richelieu , D'éprouver des frissons je croirais avoir lieu : Aux haines de la cour par trop d'orgueil eii butte, Je m'attendrais enfin à quelque lourde chute. Si votre astrologie a pour vous des clartés , Ne prévoyez-vous pas. . .

VBRONNE.

Oui, des calamités.

VABTIBR.

Dites prospérités pour l'Etat, s'il succombe.

VBRONNE.

Bonheur pour qui le hait, malheur pour lui, s'il tombe. Je m'entends ; et toujours, en parlant au futur, De peur de me tromper j'use d'un tour obscur :

182 RICHELIEU

C'est le fin du métier : car, au gré des personnes,, Mes paroles sans fond sont mauvaises ou bonnes. Je mêle un double sens à mes expressions Comme un vieux diplomate en ses opinions.

Chez les grands, qui ne flatte est une franche béte ;: Et qui nous prédit vrai n'est pas notre prophète.

VÀUTIER.

Vous ne courez nul risque à prévoir nettement

Du cardinal déchu l'heureux bannissement.

Le vrai sera d'accord avec ce que désire

La reine-mère prête à reprendre l'empire.

Quand, déguisé par moi, vous serez présenté

Mystérieusement devant Sa Majesté,

Dites-lui, là, tout franc : a Je vois Armand qu'on chasse,

» Et votre autorité nomme un autre à sa place. »

Voilà, mon cher Véronne, avec quel compliment

Vous devez l'aborder respectueusement.

VERONNE.

Oh ! monsieur le docteur, il y faut plus d'emphase ; Et si d'un inspiré je n'affectais l'extase , Si je ne déchiffrais aux lignes de la main Ce que j'apprends, ce soir, à deviner demain ; Roulant les yeux au ciel, où l'homme ne voit guère, Si je n'y lisais pas ce qu'on me dit sur terre ; Je passerais pour sot : mon art en discrédit N'appuirait nullement ce que j'aurais prédit. Le faux appareil platt, non la vérité nue :

On est peuple à la cour ainsi que dans la rue. Hommes, femmes, bourgeois, nobles, grands et petits. Au joug des charlatans sont tous assujettis :

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