‹ Comédies historiquesChapitre 125 sur 260 · ACTE I, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE III

VERONNE.

J'ai pour la recevoir prépare mon logis.

Elle est , avec la reine , entrée au Val-de-Grâce ,

A ce couvent tout proche ; et seule , en cette place ,

Elle me doit , à pied , joindre secrètement.

Nous nous entretiendrons tous les deux un moment ,

De crainte qu'à sa piste un furet d'émissaire

Ne guette votre porte et n'évente l'affaire.

veronne.

Je ne l'ai jamais vue ; or, monsieur le docteur. . .

De la reine , mon cher, elle est dame d'honneur ; Et les grâces en elle , étant femme et jolie , Couvrent l'ambition d'un masque de folie.

Chantant , riant , jasant , mentant sur chaque objet , Elle conduit le fil du plus grave projet ; Affichant en plein jour mille intrigues galantes , Pour cacher le secret de ses nuits intrigantes ; Tantôt aux courtisans , que séduit son regard , Donnant des rendez-vous où l'amour n'a point part ; Tantôt par ses amours charmant la politique D'un mari confident pour qui tout se complique ; Et des hommes d'État , soumis à ses désirs , Achetant la faveur, qu'elle paie en plaisirs.

VERONNE.

Quelle dame d'honneur !

Baste sur ce chapitre .

186 RICHELIEU

VERONNE.

Elle doit amener?. . . «<

' Deux personnes en titre , Et que sans leur aveu je ne puis vous nommer?...

VERONNE.

Docteur Vautier, il faut néanmoins m'informer De ce qu'ils sont : assez j'ai subi les férules Des tribunaux. Je hais les conciliabules.

vautier souriant.

En sage craignez-vous l'éclat de For trompeur?

véronne souriant.

L'homme d'honneur n'est pas accessible à la peur.

Tant mieux ; fidèlement, servez avec mystère Le roi* l'Etat et nous ; servez la reine-mère. Si je ne savais , moi , Vautier, son médecin , Quel est pour le public son généreux dessein , Parlez , me fourrerais-je au guêpier politique? Mais du bonheur commun le vrai zèle me pique. Faites votre devoir, comme je fais le mien.

Il faut qu'un médecin médicamente ; eh bien i L'Etat souffre, me dis-je , agis , cours et t'applique A trouver quel remède , à chercher quel topique , Quelle amputation le guérirait. Son mal Est son cardinal ; donc , détruis son cardinal. Tu te lèves , la nuit , dès qu'un malade appelle ; La patrie est malade ; allons! veille pour elle. Vous , l'organe du ciel , votre art est d'augurer ; Augurez donc le bien qu'on est près d'opérer.

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