‹ Comédies historiquesChapitre 130 sur 260 · ACTE I, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V

Tantôt, il valait mieux, cheminant sans façon,

Visage découvert, écarter le soupçon.

Tantôt, nous n'avons pas , contre la surveillance ,

En nos déguisemens mis assez de prudence.

Ce juif mystérieux , si connu de Vautier,

Peut-être nous vendra : c'est un vil usurier.

Du Yal-de-Grâce enfin , sa maison trop voisine ,

Est-elle sure et close? Il pèse , il examine ;

Il n'ose respirer l'air qui souffle en ce lieu ;

A chaque angle de rue il croit voir Richelieu ,

Tant sa vive frayeur partout se multiplie

L'ennemi qui , je gage, est à table et l'oublie.

J'ai combattu l'effroi dont il se sent ronger.

A quitter la partie il paraissait songer,

Voulait me planter là ; quoi donc? c'est moquerie !

Vengez Anne d'Autriche et l'auguste Marie

D'un traître , d'un méchant , clont tout le vain courroux

Bientôt ne sera plus redoutable pour vous.

N'eussiez-vous nul égard au salut de l'empire ,

Des deux partis rivaux n'embrassez pas le pire.

Si votre cardinal reste dans les grandeurs ,

Sa vengeance , pour vous , se borne à des froideurs :

Peut-il vous ruiner, protégé par deux reines?

L'épouse de Louis , sa mère? Frayeurs vaines 1

Si votre cardinal est de vous appuyé ,

Et qu'on l'écrase ; alors , vous êtes foudroyé.

Rester neutre , impossible? Ayant mis à la voile ,

Il faut cingler au large et suivre son étoile.

Et je lui dépeignais ce cardinal , sans foi,

Ministre usurpateur, régnant de par le roi.

194 RICHELIEU

Si bien que mon flatteur, l'œil brouillé par ses doutes, Et dont l'esprit diverge en cent petites routes , Arrivant à ce point qui gène un courtisan , D'être d'un parti fixe en zélé partisan , D'abjurer de son art l'habile fourberie Qui dans un haut honneur mit sa poltronnerie , Sorti de l'embarras qui le tient en stupeur, Conspire par faiblesse , et brave tout par peur.

Ne l'abandonnez pas à son incertitude.

Des subtils faux-fuyans il a pris l'habitude. . .

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