‹ Comédies historiquesChapitre 192 sur 260 · ACTE V, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE IV

MARIE

Ah ! que n'étiez-vous là !

Nous eussions applaudi A la main qui portait le coup le plus hardi.

d'épernon.

Le roi n'a point encor par une signature Consommé sa disgrâce ?. . . .

MARIE

Oh ! sa disgrâce est sûre.

Pour son renvoi subit je n'ai rien épargné.

Marillac en sa place est déjà désigné :

Le roi même y souscrit. Tout est conclu.

MARILLAC

Madame , L'excès de vos bontés me touche au fond de l'ame ; Et ma bouche ne peut qu'en trop faibles discours Peindre mon dévoùment qui durera toujours.

MARIE

Prouvez-le moi , Monsieur , en replaçant la France A ce point de splendeur où la mit ma puissance.

d'epernon.

M'osé-je expliquer net sur les craintes que j'ai ? C'est peu que le ministre ait reçu son congé ; Et tant que loin du Louvre il ne prend point la mite , L'ame du roi par lui peut être encor séduite.

Erreur, Monsieur le duc ! ce que j'ai fait est fait.

d'epernon.

De votre haut crédit j'admire tout l'effet ;

294 RICHELIEU

Mais la fortune trompe , et sa roue est mobile : Un tour de main ici remonte un homme habile.

MARIE

Grâce à moi , la fortune a tourné contre lui.

BASSOtfPIERRE.

Le roi , vous a-t-on dit , le laisse sans appui.

MADAME DUFARGIS.

Oui , c'est un homme mort.

. Pour moi , je le condamne.

S'il réchappe , je suis un ignorant, un âne.

DEPERNON.

Il pourrait démentir l'arrêt que vous portiez ,

Sans vous rendre, docteur, autre que vous n'étiez :

Je ne préjuge pas contre votre science ;

Mais j'en crois sur ce point ma longue expérience.

Non , non , Monsieur le duc , croyez qu'il est à bas.

d'épernon.

Tant qu'il sera vivant , je n'en jurerais pas.

MADAME DUFARGIS.

Quoi ! votre entêtement , Monsieur le duc , s'obstine Contre nous tous ?

d'jspernon.

J'ai peur de quelque sourde mine.

MARIE

Et laquelle ?

d'êpernon.

Comblé des dons de Henri-Trois , Sous deux princes , depuis , j'ai porté le harnois :

Page 1