‹ Comédies historiquesChapitre 204 sur 260 · ACTE I, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE III

aussi disgracieux qu'embarrassé ; votre ruse m'en épargne le travers. Je vous en remercie et me saisis à mon tour du rôle d'accusateur.

YPPARETTE.

Vous vous piquez , Alcibiade ! Votre amour-propre répond amèrement à mon amour.

ALCIBIADE

Non , je vous interroge.

Imputez-moi des fautes pour éluder mes reproches.

ALCIBIADE

Quels artifices avez-vous choisi pour nous faire rougir l'un devant l'autre par la preuve acquise de ma légèreté? Ceux de l'intrigue , le sacrifice de la bienséance conjugale , les interrogatoires à des esclaves , la confidence de vos jalousies à la domestique Cynthia , la séduction de cette honnête suivante que vos présens auront corrompue , la supercherie d'un déguisement dont le scandale va fournir aux sarcasmes de tous les médisans de la ville... Ah ! vraiment , vraiment , vous me forcez à plaindre Glycérion ! Elle ne peut plus se croire en sûreté chez elle. On achète, on vend ses messages. Ah ! désormais personne qui n'ait à trembler d'un tel exemple. Moi-même j'en frémis ; on trahira tous mes mystères , puisque Ypparette n'a point eu scrupule de suborner les valets d'une rivale.

YPPARETTE.

Méchant que vous êtes ! épuisez votre esprit à me noircir de couleurs atroces ; surchargez ma démarche d'interprétations cruelles, de conséquences fatales; condamnez l'action d'une jalousie qui m'a mise hors de moi-même et

que vous ne méritez pas. Mais plus de récriminations de ma part. N'ètes-vous pas fatigué des querelles de toutes 1q$ malheureuses que vous avez faites?... Ah! ne compare* point les plaintes de vos maîtresses trahies avec le langage de Vôtre femme indignée. Votre parjure né fut pour toutes qu'un outrage , pour moi c'est une plaie profonde. Je ne sollicite donc plus votre amour, mais votre haine : c'est dans cette haine que mon cœur blessé trouvera ce qu'il* lui faut de courage pour suivre le parti qu'il a dû prendre.

ALCIBIADE

Et lequel , je vous prie?

Celui d'une séparation formelle.

ALCIBIADE

Vous la projetez ?

YPPARETTE.

Je l'implore , je l'obtiendrai des magistrats.

ALCIBIADE

Faites , faites , suivez l'emportement qui vous guide 1 Un premier pas téméraire , sous le voile , sous le nom de Cynthia , ne suffit pas à votre ardeur de vous distinguer. Ce n'est plus en vous travestissant que vous quitterez timidement l'abri de votre foyer , c'est à face ouverte que fous vous présenterez aux Grecs curieux d'entendre nos débats domestiques retentir dans un tribunal. — Est-ce . là , dira tout le peuple , cette Ypparette qui vivait dans la retraite et le silence, cette épouse d'Alcibiade à qui le vieillard Hypponicus apprit que la plus grande sagesse d'une femme consiste à se soustraire aux regards publics et à tâcher d'en être inconnue? -—Oui , répliquera-t-on , c'est

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