ACTE I, SCÈNE III. 3lt
elle! c'est elle-même qui se montre, qui 1ère son front charmant devant la multitude. Ecoutez-la : elle va plaider sa cause contre son coupable mari. Quel maintien ! que de nobles grâces ! elle efface l'éclat de nos plus brillantes courtisanes ! Oh ! qu'elle eut raison de ne pas ensevelir tant de beauté, et d'oublier les leçons de son père ! Applaudissons-la comme à nos théâtres.
YPP AR.ETTE.
Homme cruel l raillez-moi sans me rappeler mon père Hypponicus , que vos emportemens offensèrent jadis avec tant d'arrogance. Ce souvenir me confirme que vous êtes incorrigible.
Il m'accorda votre main pour gage de son pardon; preuve que je sais avouer et réparer mes torts.
YPPARETTE.
Vous lui promites en réparation le bonheur de sa fille.
ALCIBIADE
Elle veut renoncer à moi par un divorce.
YPPARETTE.
Vous vous séparez d'elle par vos parjures.
ALCIBIADE
Ce dessein est un crime inexcusable.
YPPARETTE.
L'avoir fait naître en est un plus grand.
alcibiade avec un courroux toujours croissant, Alcibiade vous en accusera toujours.
ypparette de même.
Ypparette ne vous en absoudra jamais.
ALCIBIADE
Soit ; plus de rémission.
Soit ; plus de ménagement.
ALCIBIADE avec impétuosité.
Disons-nous tout ce que nous pensons au fond du cœur.
ypparette avec excès de colère.
Déclarons-nous tout ce que nous sentons au fond de Famé.
ALCIBIADE
Hein?
YPPARETTE.
Quoi?
ALCIBIADE
Eh bien 1 moi , je ne justifie pas mes fautes : mais j'éprouve que je te chéris de préférence à toutes les femmes. C'est là Je fond de mon cœur.
YPPARETTE.
Eh bien ! moi, je souffre de tes folies, et j'éprouve que je n'aime que toi dans le monde. C'est là le fond de mon ame.
ALCIBIADE
Vois s'il est possible de nous désunir !
YPPARETTE.
Vois si tu n'es pas insensé de tant m'afïliger ! O cher Alcibiade , je suis moins jalouse de ta personne que de ta carrière , plus soigneuse de ta réputation d'homme d'Etat que de ta fidélité conjugale : à ces titres je réclame ta constance.
ALCIBIADE
Que veux-tu? les fantaisies , la vanité , m'entraînent : je ne tiens guère à mes conquêtes. Ces belles ne sauraient