ACTE I, SCÈNE X
ALCIBIADE
Celui de Nicias.
PHÉAX.
Ne vous devons-nous pas un juste retour?
ALCIBIADH.
S'il est vrai , vous allez révoquer Tordre que vous leur .avez dopné.
' PBEAX.
Que voulez-vous dire?
ALCIBIADE
Que j'ai déjà fait effacer le nom de Nicias de. mes bulletins.
PHEAX.
Ah! ah!
ALCIBIADE
Phéax , effacez le mien des vôtres et. joignez maintenant vos voix à celles dont je dispose.
phéax.
Manquer de foi à Nicias, moi, qui la lui engageai dernièrement!
ALCIBIADE
Parce que vous contrebalanciez les suffrages que je -tournais contre lui. Mais ne me redoutez plus. Concertons-nous dans une salutaire conjuration. Mettons -nous au-dessus de toute envie, de toutes craintes. Faisons noblement céder nos petites passions personnelles au grand intérêt général. Détruisons ce honteux commerce de voix. .Que les amis de Nicias, ceux de Phéax , ceux d'Alcibiade se réunissent pour l'abolition d'une loi, dont nos débats vous démontrent l'abus nuisible et l'injustice. Quel fut le
principe de sa création? Nos Grecs, effrayés qu'un chef puissant ne violât leurs droits , voulurent écarter par elle tous ceux à qui les talens pernicieux , l'ascendant du crédit ou de l'opulence prêteraient des armes pour les opprimer. Eh bien ! les plus habiles intrigans ont fait servir ce perfide scrutin à proscrire la probité , le courage et le génie. Dès-lors, restés seuls à la tête des affaires, ceux-là saisissaient une autorité d'autant plus monstrueuse qu'elle était plus bassement usurpée.