ACTE II, SCÈNE XI
plainte, [aux Archontes.) Ministres des lois , c'est aux yeux des citoyens , c'est en vos mains tutélaires que je viens déposer l'acte de ma séparation d'avec Alcibiade , fils de Clinias , à qui les nœuds du mariage m'ont unie.
l'archonte.
Ypparette, quelles plaintes portes-tu contre ton époux?
YPPARETTE.
Toutes celles de l'amotfr et de l'hymen outrages : sa conduite est assez connue pour que ma demande soit justifiée.
PHEAX.
Pardonnez à Phéax d'élever la voix dans une cause qui lui est étrangère, (à Ypparttte.) Il ose vous rappeler quels sentimens a voués votre constance au noble Alcibiade. Est-ce aujourd'hui que vous les abjurez ? est-ce aux regards du peuple qui vient d'applaudir à son nouveau trait d'habileté , et de ses amis dont il reçoit les félicitations ? Ne vous laissez pas aveugler par la jalousie : semblable à la peur , elle dénature les objets , les exagère , et ne voit que des monstres. Digne Ypparette! interromps une démarche peu réfléchie. Déjà ne sera-ce point un châtiment pour les légèretés de ton époux que d'avoir risqué de te perdre ? Enchaîne-le par tes bontés , comme tu le captivas par tes charmes ; et laisse-moi l'honneur de lui avoir conservé les droits les plus chers sûr la personne la plus vertueuse.
YPPARETTE.
Je rends grâce au soin de votre amitié , Phéax.... Je ne viens point ici me répandre en injures contre lui : je ne l'accuse point. ... Me préservent nos dieux de flétrir la réputation d'un homme qui reçut ma foi et mes plus sacrés
sermens ! Ce que je me borne à déclarer , c'est qu'Alcibiade n'est pas né pour goûter les douceurs de la vie domestique : il la dédaigne et la profane. Il faut le rendre tout entier à la vie publique : il y sera toujours digne d'Athènes. Je sens que nos nœuds ne font plus ni son bonheur, ni le mien ; le temps est venu de les rompre.
phéax.
Leucippe , n'étes-vous pas confondu de l'entendre ? Qu'en pensez-vous ?
LEUCIPPE
Quelle attitude ! quelle noble expression ! ... Si je la pouvais sculpter ainsi , oh ! que j'en ferais une belle statue !
l'archonte.
Jeune femme , mon devoir exige que j'interroge encore ta volonté avant que de satisfaire à ta plainte. La sévérité de mes fonctions fut quelquefois adoucie par le plaisir de ramener deux époux à une réconciliation inespérée et durable.
YPPARETTE.
Vénérable Archonte, ma famille entière m'a opposé l'autorité de ses conseils , m'a priée de suspendre la démarche que j'ose tenter. L'excès du malheur m'a seul résolue à en braver l'éclatante publicité". . Oui, quand mes parais, mon frère , mon mari lui-même [Alcibiade paraît) viendraient ensemble à mes genoux implorer mon retour, ni leur éloquence, ni leurs supplications ne l'obtiendraient de moi. Rien ne me fléchirait , rien dans l'univers»