ACTE III, SCÈNE II
de service n'ont osé me flaire ouvrir une porte pour m'évader.
THKOCLÈS.
Tudieu ! je ne m'y fusse pas joué , sans en avoir reçu le commandement de notre noble maîtresse. Le seigneur, son mari , a de certaines manières frappantes. . . . même pour ses affranchis. En dépit de mon émancipation d'un jour , un riche citoyen comme lui garde toujours , quoi qu'en disent les gens libres, trop d'avantage sur un pauvre citoyen.... parvenu comme moi.
NAIS
Il faut absolument que je m'échappe de l'appartement où l'on m'a retenue.... Une seule issue conduit dans la chambre où nous sommes , et , si j'en crois Théoclès , cette chambre-ci communique à votre logement. Daignez , daignez , bienfaisante Ypparette , faciliter mon passage , et je vous devrai plus que la vie.
YPPARETTE.
Vous avez tort de m'adresser une telle prière : je ne puis rien , je n'ose rien , je ne suis rien ici : l'impérieux Alcibiade est maître. Exprimez-lui votre désir de le quit ter.... je doute qu'il consente de bonne grâce à votre départ , puisqu'il vous fait garder si étroitement.... S'il veut vous retenir, que puis-je? qu'est-ce qui lui résiste? Ne suis-je pas un exemple de l'aveugle obéissance que tout lui porte dans Athènes? Contre ce qu'il veut , je ne puis rien, vous dis-je.
NAIS
Pauvre Naïs! que feras-tu donc? que deviendras-tu? Ah ! mon cher Leucippe , tu ne croiras plus à mon amour.
YPPARETTE.
Comment? Leucippe ! tous aimez Leucippe?
NAIS
Oui , je l'aime , j'en suis aimée , et je ne veux être qu'à lui.
YPPARETTE.
Parlez, parlez, ma belle enfant! répétez-moi, contezmoi tout ce qui tous agite.,. J'aiderai votre évasion : mon appartement vous est ouvert, : je saurai vous faire échapper par la chambre de mes femmes. Si mon mari s'en fâche à son retour , je me charge de répondre à son emportement. Je ne le crains pas : je puis ici tout ce que je veux.
NAIS
Ah J digne Ypparette , j'avais confiance en votre générosité ; je lui ai révélé mon penchant pour Leucippe , ce sculpteur célèbre de qui les talens....
YPPARETTE.
Je le connais ; c'est un jeune artiste très-habile. Il mérite votre préférence mieux que personne : il a bien raison de vous aimer : vous ferez un couple charmant! Tenez, au premier abord vous ne me paraissiez pas si jolie , à présent je loue son choix et vous me semblez ravissante.
NAIS
Du réduit où l'on m'avait renfermée , je viens de l'entrevoir qui passait sous votre premier portique. Peu s'en est fallu que je ne l'appelasse par un cri. Les serviteurs d'Alcibiade m'ont découvert ma captivité : Théoclès m'a instruite de l'ordre qu'il avait reçu de nous cacher l'un à l'autre. Aussitôt, je me suis effrayée, et la sécurité que m'avaient inspirée les discours de votre époux s'est à Tins-