SCÈNE DEUXIÈME
ALMADA, ALVARE.
ALMADA.
Tu n'es point rentré cette nuit , Alvare ?
120 PINTO
AL AVARE
Non. Que ne m'as-tu indiqué ce rendez-vous chez toi?
ALMADA.
11 me fallait parler aussi à Pinto ; et comme vous logez tous deux dans cet hôtel....
ALVARE
Que me voulais-tu?
Te prouver mon amitié en réclamant une preuve de la tienne. Si je te cachais la circonstance difficile où je me trouve , tu ne me le pardonnerais de la vie.
ALVARE
N'en doute pas; les vrais amis ne sont jaloux que de la confiance. Tout doit être commun entre eux , les plaisirs > les peines et les périls.
y ALMADA.
Les périls, dis-tu?
ALVARE
Et que sera rattachement d'un homme arrêté par la crainte > qui , s'il le faàt , ne se jettera pas tout vif à travers, mille morts?
ALMADA.
Un tel homme n'appartient qu'à l'amour de vivre ; il abandonne, sitôt qu'ils sont menacés, les amis, la femme ou la maîtresse qu'il n'ose défendre; et ne combattant qu'entre la honte et la lâcheté, se laisse enfin vaincre par la dernière. Point de sentimens fidèles dans les cœurs lâches.
ALVARE
Compte à jamais sur les miens.