‹ ComédiesChapitre 23 sur 47 · MADAME VERNET, MONSIEUR VERNET, PAULINE, MARGUERITE, HENRI · texte numérisé non relu

MADAME VERNET, MONSIEUR VERNET, PAULINE, MARGUERITE, HENRI

Entrée de Pauline et de Marguerite. Les dames s'embrassent. Henri se tient à l'écart

PAULINE

Tu as une visite)

Oui, un jeune homme très distingué; venez que je vous présente. (A Henri.) Ma sœur et ma nièce. (A Marguerite et Pauline.) M. Henri Gérard.

Un poète.

PAULIN

Un poète?

MADAME VERNET

Oui, monsieur Henri Gérard est un poète

Et un vrai.

PAULIN

Ahf

MONSIEUR VERNBT 31 1

MONSIEUR VERNET. Il montre le livre à Pauline. La preuve.

PAULINE

La couverture attire l'œil : Des Limes,

MADAME VERNBT

Des RimeSi des Rimes,

HENRI

C'est un R, mademoiselle.

J'ai la vue si basse, monsieur.

Elle Ta fait exprès. Des limes! Elle voudrait les

mordre 1

MADAMB VERNBT

Tes préparatifs sont terminés)

PAULINB

Ouiy je ne me surcharge pas.

MONSIEUR VERNBT

Qui VOUS le défend >

PAULINB

La simplicité de ma garde-robe.

MONSIEUR VERNBT

Vous trouvez peut-être que Julie emporte trop?

MADAME VERNET

Victor, c'est toi qui commences...

HENRI

Monsieur Vernet, je suis témoin.

Elle se rattrapera. — A propos, Henri, vous avez beaucoup de bagages >

Une valise.

MONSIEUR VERNiïT

Ce que vous voudrez, n'ayez pas encore des... scrupules.

HENRI

C'est une grosse valise.

MADAME VERNET

Monsieur Henri veut bien nous faire le plaisir de venir avec nous.

PAULINB

Ahl ahl

Le plaisir et l'honneur. Ça vous surprend qu'un poète...

PAULINE

Du tout. (A Henri.) Je sais, monsieur, que ma sœur et mon beau-frère aiment les artistes.

Nous ne pouvons pas nous en passer.

PAULINE

Vous n'êtes pas le premier qu'on me présente., j'ai déjà eu le plaisir, — le plaisir et l'honneur, — de dîner ici avec le peintre qui a fait ce portrait. Tous regardent le portrait.

Le peintre Morneau. Vous le connaissez >

HENRI

Non.

Comment le trouvez-vous?

HENRI, léger.

Très bien.

MADAME VERNET, gaîc.

Vous dites ça sans enthousiasme.

HENRI

Je le dis comme je le pense.

MONSIEUR VERNBT

Mais c'est ma femme.

HENRI

Madame Vernet?

MADAME VERNBl

Il ne me ressemble pas ?

HENRI

Si, si, madame, quoique la bouche...

Ratée?

HENRI

Plutôt. Et ce n*est pas votre front si net, presque carré, oui, un peu têtu. On ne vous fait pas penser ce qu'on veut.

Eh! eh! Julie, quel physionomiste t

PAULINE

Vous n*avez rien à dire des yeux ^

HENRI

Oh ! les yeux, mademoiselle, c'est ce que les peintres réussissent le moins.

MADAME VERNET

Que va-t-il en rester?

Oui, je finirai par le mettre au grenier

HENRI

Excusez-moi, madame, une femme comme vous est rare, même en peinture.

Attrape, Julie... Moi qui me promettais de faire faire mon portrait l'année prochaine.

HENRI

Par le même peintre >

MONSIEUR VBRNBT

Ou par un autre.

PAULINB

Il ne manque pas d'autres peintres, moins chers.

MONSIEUR VERNBT

Dirait-on pas que j'ai payé monsieur Morneau avec votre argent?

PAULINE

Vous l'avez très bien payé... et lui aussi

Honorine apporte le thé.

HENRI

Vous le voyez encore?

MADAME VERNET. Gênée, elle se lève pour verser le thé.

Oh I non. C'était une simple relation de vernissage.

MONSIEUR VERNET, bas.

Il s'est conduit comme...

PAULINE, haut.

Comme un artiste!

HENRI

Mademoiselle Pauline déteste les artistes?

PAULINE

Un peintre n'est pas un poète, monsieur

2l8 MONSIEUR VERNET

Et réciproquement. (A Henri.) Elle n'a que du miel pour vous. Prenez mon ami, prenez, c'est une faveur.

HENRI

Je goûte.

Et toi, Marguerite, tu n'ouvres pas la bouche ! tu es contente de passer deux mois avec un poète >

HENRI

Aucun effet.

MARGUERITE

Monsieur est un poète?

MADAME VERNET

Tu n'as pas entendu?

HENRI

Soyez franche, mademoiselle, vous vous imaginiez que c'était autre chose.

MARGUERITE, ricuSO

Oui

HENRI

Un beau jeune homme pâle.

MARGUERITE

Oui. Avec des moustaches.

MONSIEUR VERNET aiQ

HENRI

Ah! VOUS confondez, les moustaches, c'est pour les militaires. Avec de longs cheveux?

MARGUERITE

Oui.

HENRI

Noirs.

MARGUERITE

MAKUUlîKliB

Oui, OU blancs, comme de la neige.

HENRI

Quand le poète est vieux; ça me viendra. Ça vient môme aux poètes qui ont, comme moi, les cheveux courts.

PAULINE

C'est une nouvelle école ?

HENRI

C'est simplement une nouvelle coupe de cheveux. Et, n'est-ce pas, mademoiselle Marguerite, le poète de vos rêves étalait une cravate comme une salade de laitue)

MARGUERITE

C'est ça.

HENRI

Et il ne portait point de gilet sous sa redingote râpée et boutonnée jusque-là, pour cacher la chemise. Hélas ! j'en porte un, avec une chaîne et une

montre, une montre de famille, et je regarde prosaïquement Theure, et j'ai l'air à peu près correct. Je comprends votre déception, mademoiselle.

MARGUBRITB

Je m'y ferai.

MADAMB VBRNET

Marguerite, tu importunes M. Henri

MARGUERITE

Mais je ne lui demande rien, moi!

Tu as reçu une éducation, ma fille.

PAULINE

Celle que je lui ai donnée, mon beau-frère.

Ça ne m'étonne plus.

MADAME VERNET

Excusez ma nièce, monsieur Henri. Ce n*est pas une fille, c'est un gros garçon,

C'est bien une jeune fille naturelle. Elle est sans mystère. (A Pauline.) Et je vous félicite, mademoiselle.

MONSIEUR VERNET, à Pauline.

Une autre dirait merci.

PAULINE

Ah ! c'était pour moi !

Ecoutez tous : Voilà le programme de la journée à Fleuriport : d'abord, chaque matin, une heure d'escrime pour les hommes, (à Pauline) car monsieur n'est pas seulement un poète, c'est aussi un escrimeur hors ligne.

PAULINl

Tous les talents.

MONSIEUR VERNET, à Henri.

N'oubliez pas d'emporter vos fleurets. Ensuite, baignade. Vous savez nager>

HENRI

Comme un. poisson d'eau douce.

MONSIEUR VERNBT

Ce sera le reste là-bas. Vous volerez sur l'eau salée de la mer. Moi je nage au fond.

HENRI

Au fond de la mer, c'est déjà loin.

L'après-midi, promenades variées. On visite, par exemple, une vieille église des environs. Vous aimez les vieilles églises >

HENRI

Assez, quand elles sont vides et qu'il y fait frais

Ces dames se recueillent. Moi je monte en chaire et je prêche ce qui me vient par le Saint-Esprit.

MARGUERITE

Et tu nous fais bien rire, mon oncle.

PAULINE

C^est d'un goût I

Taisez-vous donc, vous vous tordez. Et puis, vous n'avez qu'à rester dehors, à la porte.

PAULINE

Dans le cimetière.

C'est une habitude à prendre.

HENRI

Monsieur Vernet, vous êtes lugubre.

Oh! je ne demande pas sa mort, tout de suite. Pourvu qu'elle meure avant moi I

MADAME VERNET

Ne vous scandalisez pas, monsieur Henri, c'est leur façon de s'aimer.

HENRI

Des taquineries 1

Non, non, nous nous détestons sérieusement

HENRI

Et la fin du programme >

Dîner à sept heures. — Un petit tour sur le port. — Un coup d'œil aux étoiles, s'il y en a, et dodo. Ça vous va?

HENRI

Approuvé!

MONSIEUR VERNET, à Pauline.

Votre avis ?

PAULINB

Je n*en ai pas.

Je l'espérais bien.

Vous oubliez, dans ce programme, mes fonctions.

Oui, Marguerite, M. Henri aura la gentillesse de te donner, le matin ou le soir, peu importe, des leçons de lecture.

PAULINE

Ah 1 monsieur est aussi professeur de...

MONSIEUR VBRNET

C'est un homme universel.

MADAME VERNET,' à Marguerite.

Ça te fera plaisir de prendre ces leçons>

MARGUERITE

Je ne sais pas, ma tante

MONSIEUR VERNBT

Elle en mourait d'envie.

MARGUBRITB

Moi?

Et si elle ne les prend pas, je les prendrai. (A Henri.) Elles ne seront point perdues.

HENRI, à Marguerite.

Je ne me montrerai pas terrible, mademoiselle. Je serai moins un professeur qu'un camarade de jeu. Je suis très jouear.

Dans les tripots.

HENRI

De ma vie, je n*ai touché...

MARGUERITB

Au tennis?

HENRI

A la corde, au cerceau...

MARGUERITE

A la peste!

HENRI

Je De connais pas.

MONSIEUR VERNET, à Pauline.

La peste, ce doit être un jeu pour vous.

PAULINE

Oui, et je vous préviens que ça se communique

MARGUERITE, à Henri.

N'est-ce pas : je vous donne la peste, je me sauve et vous courez après moi, pour me la rendre.

HENRI

Nous jouerons à tout ce qu'il vous plaira, mademoiselle, et je parie de vous battre.

MARGUERITE, elle tend la main.

Parions.

PAULINE

Marguerite I

HENRI

Ce n'est pas pour parier, c'est pour nous donner la main et faire connaissance.

MONSIEUR VERNET, à Pauline.

Il vous désarme, hein! celui-là?

PAULINE

On voit tout de suite que monsieur n'est pas ua sot.

Une tasse de thé, ma belle-sœur?

PAULINE

Merci, j'en ai déjà pris une chez moi.

MONSIEUR VERNBT

Une autre ?

PAULINE

Elle m'empêcherait de dormir.

Sans ça, vous Toffrirais-je }

PAULINE

Quelle verve t

MONSIEUR VBRNBT

Vous m'inspirez.

PAULINE, à Henri.

A torce de fréquenter des artistes comme vous, monsieur, il finira par avoir de l'esprit

MONSIEUR VERNEl

Alors, malheur à vous !

PAULINE

Mais vous vous fatiguez, ce soir, monsieur Vernet ; il est temps que je vous laisse vous reposer.

Salutations.

MADAME VERNET, à Henri.

Et moi aussi, je vous laisse, monsieur Henri ; je

suis lasse d'avoir fait des malles et j'ai quelques mots à dire en particulier à ma sœur.

HENRI

Mais, madame, je me retire.

MADAME VERNET

Non, non, restez avec mon mari.

Encore cinq minutes, nous causerons entre hommes !... A demain, gare de l'Ouest, ma belle-sœur !... si vous voulez que je vous embrasse, approchez -vous,

PAULINE

Pour le plaisir que ça nous ferait.

Aucun I — N'oubliez pas votre sac à malice.

PAULINE

Comptez sur lui !

MONSIEUR VBRNBT

J'y compte.

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