‹ ComédiesChapitre 37 sur 47 · PAULINE. HENRI · texte numérisé non relu

PAULINE. HENRI

PAULINE

Pauvre M. VernetI II ne lui reste plus rien à vous offrir. C'est vrai que j'ai failli vous perdre, je n'ai pas pu m'empêcher de rire à la nouvelle de ce mariage.

HENRI

Parce que >

PAULINE

Ne faites pas l'innocent I Vous voilà entre deux feux. Vous êtes pris, qu'allez-vous faire ?

Ça vous intéresse ?

PAULINE

Beaucoup

HENRI

Je vous remercie.

PAULINE

En tout bien, tout honneur... Oh! n'insistez pas.

HENRI

Je n'insiste pas.

PAULINE

Je ne suis pas sur les rangs, moi ; mais ça m'amuse, — je n'ai que cette joie, — de regarder les autres.

HENRI

Et de les écouter.

PAULINE

Vous parlez si fort sur cette terrasse ! J'écoute ce qu'on dit trop haut, je regarde ce qu'on ne se donne pas la peine de cacher et j'attends... Laquelle choisissez-vous?

HENRI

J'hésite.

C'est délicat...

HENRI

Donnez-moi un conseil.

PAULINE

Ah I non, tirez-vous de là, tout seul. Moi, je vous dis, je m'amuse.

HENRI

Tant que ça?

3o8 MONSIEUR VERNE!

PAULINE

Suffisamment.

HENRI

Et vous ne voulez pas m'aider?

PAULINE

Je donne mon consentement à votre mariage avec Marguerite. Vous me le demandez?

HENRI

Pas ce soir, mais si j'en ai besoin.

PAULINE

Du côté de ma sœur, dame ! je ne peux rien. ,

HENRI

Ce ne serait pas convenable, entre sœurs.

Et puis c'est une femme unique.

HENRI

Sa vertu vous désole.

PAULINE

Non, je ne cache pas que j'aurais quelque plaisir, si M. Vernet obtenait enfin ce qu'il mérite; mais je suis fière de Julie, et, malgré ce pauvre homme, il n'y a encore rien à reprocher à ma sœur. J'en mettrais ma main au feu.

MONSIEUR VEKNET 309

HENRI

Pour l'activer.

PAULINE

Je vous jure. Elle a fait ses preuves. Le peintre, il y a deux ans...

HENRI

Le peintre?

PAULINE

Le peintre Morneau, le portraitiste de madame Vernet... lui aussi...

HENRI

Ah! tiens.

PAULINE

Oui, mais sottement, brutalement. Il a voulu aller trop vite, etonPa flanqué à la porte, trop tôt... Après la peinture, la poésie! mais vous, vous êtes bien plus fort que le peintre.

HENRI

C'est le talent.

PAULINE

Vous avez un doigté, une prudence I... Sans flatterie. A tout autre je dirais : non. Je le découragerais, mais avec un artiste comme vous...

HENRI

Il V a de Tespoii .

PAULINE

Ohl VOUS avez fait du chemin depuis quatre semaines.

HENRI

Et j*ai l'avenir devant moi.

PAULINE

Alors vous êtes décidé : ce n'est pas Marguerite, c'est madame Vernet.

HENRI

Non, non, non; je ne choisis pas; je laisserai faire le hasard.

PAULINE

Vous accepterez celle qu'il vous présentera la première.

Et s'il m'offre les deux...

PAULINE

Toutes les deux 1

HENRI

Pourquoi pas? Je ne refuse personne. Pensezvous que je n'aie pas une idée nette de mes droits d'ami de la maison, que je ne connaisse pas mes obligations d'artiste reçu à bras ouverts dans une famille bourgeoise ? Si je reculais, quelle triste opinion vous auriez de moi qui tiens tant à votre estime 1

MONSIEUR VERNET 3l I

PAULINE

Vous VOUS énervez.

HENRI

Du tout : je me mets à la hauteur. Comptez sur moi, mademoiselle, je ferai mon devoir, tout mon devoir. Je prendrai l'une et l'autre, ensemble, ou l'une après l'autre, comme ça se trouvera.

PAULINE

Vous ne manquez pas d'allure.

HENRI

Et après, qui?

PAULINE

Vous ne craignez pas que cette plaisanterie ne vous coûte cher ?

Vous me trahiriez 1

PAULINE

Pas maintenant.

HENRI

Oui, plus tard. Ce soir, vous vous amusez trop.

PAULINE

Et avouez qu'il y a de quoi! (M. Vernet reparait.) Vous me tiendrez au courant, hein, vous me direz...

HENRI

Tout, comme à ma meilleure amiel

Pauline rentre dans la maison.

3l2 MONSIEUR VERNET

Page 1