PAULINE. HENRI
PAULINE
Pauvre M. VernetI II ne lui reste plus rien à vous offrir. C'est vrai que j'ai failli vous perdre, je n'ai pas pu m'empêcher de rire à la nouvelle de ce mariage.
HENRI
Parce que >
PAULINE
Ne faites pas l'innocent I Vous voilà entre deux feux. Vous êtes pris, qu'allez-vous faire ?
Ça vous intéresse ?
PAULINE
Beaucoup
HENRI
Je vous remercie.
PAULINE
En tout bien, tout honneur... Oh! n'insistez pas.
HENRI
Je n'insiste pas.
PAULINE
Je ne suis pas sur les rangs, moi ; mais ça m'amuse, — je n'ai que cette joie, — de regarder les autres.
HENRI
Et de les écouter.
PAULINE
Vous parlez si fort sur cette terrasse ! J'écoute ce qu'on dit trop haut, je regarde ce qu'on ne se donne pas la peine de cacher et j'attends... Laquelle choisissez-vous?
HENRI
J'hésite.
C'est délicat...
HENRI
Donnez-moi un conseil.
PAULINE
Ah I non, tirez-vous de là, tout seul. Moi, je vous dis, je m'amuse.
HENRI
Tant que ça?
3o8 MONSIEUR VERNE!
PAULINE
Suffisamment.
HENRI
Et vous ne voulez pas m'aider?
PAULINE
Je donne mon consentement à votre mariage avec Marguerite. Vous me le demandez?
HENRI
Pas ce soir, mais si j'en ai besoin.
PAULINE
Du côté de ma sœur, dame ! je ne peux rien. ,
HENRI
Ce ne serait pas convenable, entre sœurs.
Et puis c'est une femme unique.
HENRI
Sa vertu vous désole.
PAULINE
Non, je ne cache pas que j'aurais quelque plaisir, si M. Vernet obtenait enfin ce qu'il mérite; mais je suis fière de Julie, et, malgré ce pauvre homme, il n'y a encore rien à reprocher à ma sœur. J'en mettrais ma main au feu.
MONSIEUR VEKNET 309
HENRI
Pour l'activer.
PAULINE
Je vous jure. Elle a fait ses preuves. Le peintre, il y a deux ans...
HENRI
Le peintre?
PAULINE
Le peintre Morneau, le portraitiste de madame Vernet... lui aussi...
HENRI
Ah! tiens.
PAULINE
Oui, mais sottement, brutalement. Il a voulu aller trop vite, etonPa flanqué à la porte, trop tôt... Après la peinture, la poésie! mais vous, vous êtes bien plus fort que le peintre.
HENRI
C'est le talent.
PAULINE
Vous avez un doigté, une prudence I... Sans flatterie. A tout autre je dirais : non. Je le découragerais, mais avec un artiste comme vous...
HENRI
Il V a de Tespoii .
PAULINE
Ohl VOUS avez fait du chemin depuis quatre semaines.
HENRI
Et j*ai l'avenir devant moi.
PAULINE
Alors vous êtes décidé : ce n'est pas Marguerite, c'est madame Vernet.
HENRI
Non, non, non; je ne choisis pas; je laisserai faire le hasard.
PAULINE
Vous accepterez celle qu'il vous présentera la première.
Et s'il m'offre les deux...
PAULINE
Toutes les deux 1
HENRI
Pourquoi pas? Je ne refuse personne. Pensezvous que je n'aie pas une idée nette de mes droits d'ami de la maison, que je ne connaisse pas mes obligations d'artiste reçu à bras ouverts dans une famille bourgeoise ? Si je reculais, quelle triste opinion vous auriez de moi qui tiens tant à votre estime 1
MONSIEUR VERNET 3l I
PAULINE
Vous VOUS énervez.
HENRI
Du tout : je me mets à la hauteur. Comptez sur moi, mademoiselle, je ferai mon devoir, tout mon devoir. Je prendrai l'une et l'autre, ensemble, ou l'une après l'autre, comme ça se trouvera.
PAULINE
Vous ne manquez pas d'allure.
HENRI
Et après, qui?
PAULINE
Vous ne craignez pas que cette plaisanterie ne vous coûte cher ?
Vous me trahiriez 1
PAULINE
Pas maintenant.
HENRI
Oui, plus tard. Ce soir, vous vous amusez trop.
PAULINE
Et avouez qu'il y a de quoi! (M. Vernet reparait.) Vous me tiendrez au courant, hein, vous me direz...
HENRI
Tout, comme à ma meilleure amiel
Pauline rentre dans la maison.
3l2 MONSIEUR VERNET