ACTE PREMIER, SCENE VIII. 20I
JuANA, vivement.
Ah! tenez, Monseigneur, c'est abuser vraiment. Il ne méconnaît pas, cet homme^ seulement. Aussi j'ose, sans crainte, avouer que j'admire Son courage au combat, sa force, son sourire Qui ne le quitte pas au plus vif du danger, Son art audacieux, prompt à tout diriger ; Et que, sous le regard qui brûle sa paupière, Quand les taureaux fougueux du pied frappent la terre, Et devant lui, surpris, reculent mugis?ants, Souvent, à mon insu, j'ai senti dans mes sens Un étrange transport, et qu'alors en moi-même Cet homme exerce bien un empire suprême.
Le Prince, avec un rire amer.
Et c'est à moi, Juana, que vous parlez ainsi?
Le Coprégidor, étonné, et à yart.
Ouais I c'est là du nouveau !
Pepe-Ili.o, de même.
Qu'entends-je!...Où suis-jeici ?
Le Prince, confondu.
Audace sans pareille!
JuANA, railleuse.
Et quels sont, je vous prie, Les droits que sur mon cœur a votre seigneurie? Vous redoutez cet homme et prétendez m'aimer! Eh bien ! mettez vos soins, alors, à me charmer; Emportez-le sur lui, c'est d'une bonne guerre... Mais sachez m'obéir, avant tout, pour me plaire.
Le Prince, se radoiicissa)it.
Et je l'ai fait chercher. On ne le trouve pas. Ce n'est point sans raison qu'il cache ainsi ses pasi Il tient bien son épée... il est vrai, mais en somme Ce n'est qu'un torero, qu'un débauché, cet homme.
JUANA
Ne l'avez-vous pas vu jeter élégamment,
De l'une et l'autre main, la cape rouge au vent?
Le Prince.
Et nul autant que lui ne fait de par la ville
Courir ses créanciers, meute affamée et vile,
Qui jusqu'en mon palais s'en vient hurler en chœur.
JUANA
Payez, ils se tairont.