ACTE SECOND, SCENE III
Que l'on voyait errer de Bragance en Castille, Une de ces tribus d'artistes ambulants Qui vont sous le ciel bleu promener leurs talents. On exploitait en moi l'habileté précoce D'un hardi funambule. Un jour, à Saragosse, Je me réveillai seul... Tout avait disparu. M'avait-on oublié? Je ne l'ai jamais su. La charité s'émut; ma grâce, mon enfance, Firent fonder sur moi quelque grande espérance; Dans un lieu spécial on me mit aussitôt ; J'y travaillai longtemps, j'en sortis torero. Me reconnaissez-vous }
[Il ôte sa perruque et sa fausse barbe.)
JUANA
Pepe-Illo!
Pepe-Illo, gaiement.
Moi-même, Moi, traqué, poursuivi! Ma vie est un poëme. Grâce au corrégidor, qui m'a mis cet habit. J'ai pu des alguazils endormir l'appétit. Ah! maudit coup de poing dont j'assommai ce rustre! Ce que c'est que de nous! Voilà cet homme illustre, Dont la présence au cirque excitait les bravos,
Ce fier Pepe-Illo, le roi des toreros.
Ah! j'en ai ri d'abord à m'en tenir les côtes;
Mais le métier est dur : j'expie, hélas! mes fautes.
JuANA, émue.
Camarade, à genoux et me baisez la main.
Pepe-Illo.
De grand cœur. Qu'avez-vous? Vous tremblez!
Ce n'est rien.
Pepe-Illo.
Une larme en vos yeux!
Juan A.
D'un passé qui s'efface Vous venez d'évoquer le souvenir.
Pepe-Illo.
De grâce,
Parlez.
Juan A.
Ma mère était chanteuse et gitana.
Ce ne fut qu'à sa mort qu'elle m'abandonna...