ACTE SECOND, SCENE III. 2I
Des bourgeois de Madrid, me voyant orpheline, Payèrent mes leçons; je devins ballerine. C'est toute mon histoire.
Pepe-Illo.
Ah! pardonnez, j'ai ri,
Et j'éveillais ea vous.
JUANA
Vous voyez, c'est fini.
Mon ami, le hasard vous fait presque mon frère; Ce qui n'était chez moi qu'un caprice éphémère Est devenu devoir. Je prétends vous sauver.
Pepe-Illo.
Senora, quel projet osez-vous donc rêver? Sur vos adorateurs je sais votre puissance, Ils vous obéiront. Mais, pour leur complaisance. N'exigeront-ils rien en échange à leur tour?
Juan A.
Je veux du même coup détromper leur amour. Pepe-Illo, je suis hardie, et sur ma route Je cours sans regarder. Me suivrez-vous?
Pepe-Illo.
Sans doute.
JUANA
Ne me demandez pas quelque plan bien conçu, Je n'en fais pas; je vais, tout marche à mon insu.
Pepe-Illo.
Oui, vous avez raison : fille de la fortune, Couvrez de vos dédains la prudence importune. Votre audace me plaît, je m'abandonne à vous.
JUANA
Votre grand nom exerce un prestige sur tous. Reprenez-le. Quittez ce vêtement servile, Montrez-vous de nouveau fièrement par la ville, Revoyez vos amis, et le peuple surpris Viendra vous saluer de bravos et de cris. Je verrai monseigneur...
Pepe-Illo, V interrompant.
Juana, je mets un voile Sur mes yeux et veux suivre, aveugle, votre étoile.