SCENE PREMIERE
Que l'air qu'elle respire, imprégné de senteurs,
En éveillant ses sens sèche ses derniers pleurs;
Que, tout lui présageant une ivresse inconnue,
Par elle chastement quelquefois entrevue,
— Dont la réalité l'effleure de si près, —
Elle se livre au sort qui l'attend, sans regrets.
. . Va, me dit-elle enfin, sache rendre, ma mie.
Ce lieu digne en un mot. de qui s'y sacrifie...
Si, crédule et charmée, elle pense à jamais
Y trouver en entrant le bonheur et la paix,
Silencel... Respectons ses illusions vaines,
Que le plus tard possible elle en porte les chaînes. »
Eh bien! j'ai de mon mieux disposé tout ici.
Au gré de la baronne aurons-nous réussi ?
Dieu le veuille ! Notre œuvre à présent terminée.
Saluons de nos vœux cet heureux hyménée.
{Promenant ses regards autour d'elle.)
Que d'éclat I... Malgré moi, ces apprêts radieux. En m'agitant le cœur, réjouissent mes yeux.
{Avec un soupir.) Un sentiment nouveau tendrement me captive...
{Gaiement.] Mais, baste ! à nos devoirs demeurons attentive. Rien n'est-il oublié? suis-je pas en retard?
Sur tant d'objets divers vite un dernier regard.
[Elle va et vient rapidement de tous côtés.) Bien, de l'ordre partout c'est l'image complète.
(Elle s'arrête.) L'odeur de ces parfums appesantit la tète...
[Elle regarde le lit.)
Comme ces grands rideaux tombant avec lourdeur Projettent dans l'alcôve une douce lueur 1...
(Viveinent.)
Éloignons-nous de là, quel vertige m'attire ?
{Jettant un dernier coup d'œil dans V appartement.)
Tout bien considéré, je ne vois rien à dire ; Voici mon but atteint, et pense sans ennui Que l'Amour peut venir, et Vénus avec lui.
{La porte s''ouvre.) Quelqu'un ! Serait-ce... Non. Madame la baronne
(Avec un sourire railleur.) Et l'heureux chevalier.