ACTE II, SCÈNE I
ELSBETn, seule.
Il me semble qu'il y a quelqu'un derrière ces bosquets. Est-ce le fantôme de mon pauvre bouffon que j'aperçois dans ces bluets, assis sur la prairie? Répondez-moi ; qui Ôtes-Yous? que faites-vous là à cueillir ces fleurs?
Elle s^avance vers un tertre.
FANTASIO, assis, vêtu en bouffon, avec une bosse et une perruque. Je suis un brave cueilleur de fleurs, qui souhaite le bonjour à vos beaux yeux.
ELSBETH
Que signifie cet accoutrement? qui ôtes-vous pour venir parodier sous cette large perruque un homme que j'ai aimé ? Êtes-vous écolier en boufibnneries ?
FANTASIO
Plaise à Votre Altesse sérénissime, je suis le nouveau bouffon du roi ; le majordome m'a reçu favorablement; je suis présenté au valet de chambre ; les marmitons me protègent depuis hier au soir, et je cueille modestement des fleurs en attendant qu'il me vienne de l'esprit.
ELSBETH
Gela me parait douteux, que vous cueilliez jamais cette fleur-là.
FANTASIO
Pourquoi? l'esprit peut venir à un homme vieux, tout comme à une jeune fille. Cela est si difficile quelquefois de distinguer un trait spirituel d'une grosse sottise! Beaucoup parler, voilà l'important; le plus mauvais tireur de pistolet peut attraper la mouche, s'il
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tire sept cent quatre-vingts coups à lamiâute, tout aussi bien que le plus habile homme qui n'en tire qu'un ou deux bien ajustés. Je ne demandé qu'à être nourri convenablement pour la grosseur de mon ventre, et je regardei'ai mon ombre au soleil pour voir si ma perruque pousse.
ELSBETH
En sorte que vous voilà revêtu des dépouilles de Saint-Jean? Vous avez raison de parler de votre ombre ; tantque vous aurez ce costume, elle lui ressemblera toujours, je. crois, plus que vous.
FANTASIO
Je fais en ce moment une élégie qui décidera de mon sort.
ELSBETH
En quelle façon ?
FANTASIO
Elle prouvera clairement que je suis le premier homme du monde, pu bien elle ne vaudra rien du tout- Je suis en train de bouleverser l'univers pour le mettre . en acrostiche ; la lune, le soleil et les étoiles se battent pour entrer dans mes rimes, comme des écoliers à la Dorte d'un théâtre de mélodrames.
ELSBETH
Pauvre homme I quel métier tu entreprends I faire de l'esprit à tant par heure I N'as-tu ni bras ni jambes, et ne ferais-tu pas mieux de labourer la terre que ta propre cervelle?
FANTASIO
Pauvre petite 1 quel métier vous entreprenez ! épou-