ACTE II, SCÈNE V
il est difficile de rien dire. La sottise de son aide de camp lui fait seule tort dans mon esprit; quant à lui, c'est peut^tre un bon prince, mais ce n'est pas un homme élevé. Il n'y a rien en lui qui me repousse ou qui m'attire. Que puis- je te dire là-dessus? Le cœur de? femmes a des secrets que je ne puis connaître; elles se font des héros parfois si étranges, elles saisissent si singulièrement un ou deux côtés d'un homme qu'on leur présente, qu'il est impossible de juger pour elles, tant qu'on n'est pas guidé par quelque point tout à fait sensible. Dis-moi donc clairement ce que tu penses de ton fiancé.
ELSBETH
Je pense qu'il est prince de Mantoue, et que la guerre recommencera demain entre lui et vous, si je ne l'épouse pas.
LE ROI
Gela est certain, mon enfant.
ELSBETn.
Je pense donc que je l'épouserai, et que la guerre sera finie.
LE ROI
Que les bénédictions de mon peuple te rendent grâces pour ton père 1 ma fille chérie l je serais heureux de cette alliance; mais je ne voudrais pas voir dans ces beaux yeux cette tristesse qui dément leur résignation. Réfléchis encore quelques jours.
U sort. — Entre Fantaslo.
ELSBETU.
Te voilà, pauvre garçon I comment te plais-tu ici ?
202 FANTASIO
FAHTASIO.
Comme un oiseau en liberté.
ELSBETH
Tu aurais mieux répondu, si tu avais dit comme un oiseau en cage. Ce palais en est une assez beUe ; cependant c*en est une.
FANTASIO
La dimension d*un palais ou d*une chambre ne fai pas rhomme plus ou moins libre. Le corps se remuG où il peut; l'imagination ouvre quelquefois des ailes grandes comme le ciel dans un cachot grand comme la main.
ELSBETH
Ainsi donc, tu es un heureux fou?
FANTASIO
Très-heureux. Je fais la conversation avec les petits chiens et les marmitons. Il y a là un roquet pas plus haut que cela dans la cuisine, qui m*a dit des choses charmantes.
BLSBETH.
En quel langage ?
Dans le style le plus pur. Il ne ferait pas une seule faute de grammaire dans l'espace d'une année.
ELSBETH
Pourrais-je entendre quelques mots de ce style?
FANTASIO
En vérité, je ne le voudrais pas ; c'est une langue qui est particulière. Il n'y a que les roquets qui la parlent; les arbres et les grains de blé eux-mêmes la savent
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