ACTE I, SCÈNE IL
MAITRE BRIDAINE, Au baron.
Trop de pudeur est sans doute un défaut; mais le mariage lève bien des scrupules.
LE BARON, à maître Bridaine,
Je suis choqué, — blessé. — Cette réponse m'a déplu.
— Excusez-moi l Avez-yous vu qu'elle a fait mine de se signer? — Venez ici que je vous parle. — Cela m'est pénible au dernier point. Ce moment, qui devait m'être «i doux, est complètement gâté. — Je suis vexé, piqué.
— Diable I voilà qui est fort mauvais.
MAITRE BRIDAINE
Dites-leur quelques mots ; les voilà qui se tournent le<ïbs.
LE BARON
Eh bien! mes enfants, à quoi pensez-vous donc? Que fais-tu là, Camille, devant cette tapisserie? CAMILLE, regardant un tableau.
Voilà un beau portrait, mon oncle I N'est-ce pas une grand'tante à nous ?
Oui, mon enfant, c'est ta bisaïeule, — ou du moins la sœur de ton bisaïeul, car la chère dame n'a jamais concouru, — pour sa part, je crois, autrement qu'en prières, — à l'accroissement de la famille. — C'était, ma foi, une sainte femme.
CAMILLE
Ohl oui, une sainte I c'est ma grand'tante Isabelle. Comme ce costume religieux lui va bien!
LE BARON
Et toi, Perdican, que fais-tu là devant ce pot de fleurs?
PERDIGAN.
Yoilà' une fleur charmante, mon père. C'est un héliotrope.
LE BARON
Te moques-tu? elle est grosse comme une mouche.
PERDICAN
Cette petite fleur grosse comme une mouche a bien son prix.
MAITRE BRIDAINE
Sans doute I le docteur a raison. Demandez-lui à quel sexe, à quelle claisse elle appartient, de quels éléùients elle se forme, d'où lui viennent sa sève et sa couleur; il vous ravira en extase en vous détaillant les phénomènes de ce brin d'herbe, depuis la racine jusqu'à la fleur,
PERDIGAN.
Je n'en sais pas si long, mon révérende Je trouve qu'elle sent bon, voilà tout.