‹ Comédies & proverbes, Volume 1Chapitre 161 sur 238 · ACTE II, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE V

CAMILLd.

i C'est une grâce que je vous demande, de me répondre sincèrement. Vous n'êtes point un libertin, et je crois que votre cœur a de la probité. Vous avez dû inspirer l'amour, car vous le miéritez, et vous ne vous seriez pas livré à un caprice. Répondez-moi, je vous en prie, •

PERDICAH.

Ma foi, je ne m'en souviens pas.

CAMILLE

Connaissez-vous un homme qui n'ait aimé qu une femme?

PERDÏCAN.

Il y en a certainement.

CAMILLE

Est-ce un de vos amis? Dites-moi son nom.

PERDICAN

Je n'ai pas de nom à vous dire, mais je croîs qu'il y a des hommes capables de n'aimer qu'une fois.

CAMILLE

Combien de fois un honnête homme peutril aimer?

PERDICAN

Veux-tu me faire réciter une litanie, ou récites-tu toimême un catéchisiï\e?

CAMILLE

Je voudrais m'instruire, et savoir si j'ai tort ou raison de me faire religieuse. Si je vous épousais, ne devriez-vous pas répondre avec franchise à toutes mes questions, et me montrer votre cœur à nu? Je vous estime beaucoup, et ie vous crois, par votre éducation et

par votre nature, supérieur à beaucoup d'autres homraes. Je suis fâchée que vous ne vous souveniez plus de ce que je vous demande; peut-être en vous connaissant mieux je m'enhardirais.

FERDIGAir.

Oîi veux-tu en venir? Parle; je répondrai.

CAMILLE

Répondez donc à ma première question. Ai-je raison de rester au couvent?

PERDICAN

Non.

CAMILLE

Je ferais donc mieux de vous épouser?

PERDICAN

Oui.

CAMILLE

Si le curé de votre paroisse soufflait sur un verre d*eau et vous disait que c'est un verre de vin, le boiriezvous comme tel?

PERDICAN

Non.

CAMILLE

Si le curé de votre paroisse soufflait sur vous et me f lisait que vous m'aimerez toute votre vie, aurais-je raison de le croire?

PERDICAN

Oui et non.

CAMILLE

Que me conseiUeriez-vous de faire le jour oîi je verrais que vous ne m'aimez plus ?

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