‹ Comédies & proverbes, Volume 1Chapitre 162 sur 238 · ACTE II, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V

FERDIGAir.

De prendre un amant.

CAMILLE

Que feraî-je ensuite le jour où mon acLant ne m'aimera plus ? •

PERDICAN

Tu en prendras un autre.

CAMILLE

Combien de temps cela durera- t-il?

PERDICAN

Jusqu'à ce que tes cheveux soient gris, et alors les miens seront blancs.

CAMILLE

Savez-voiis ce que c'est que les cloîtres, Perdican ? Yous êtes-vous jamais assis un jour entier sur le banc d'un monastère de femmes.

PERDICAN

Oui, je m'y suis assis.

CAMILLI2.

J'ai pour amie une sœur qui n'a que trente ans, et qui a eu cinq cent mille livres de revenu à l'âge de quinze ans. C'est la plus belle et la plus noble créaturç qui ait marché sur terre. Elle était pairesse du parlement, et avait pour mari un des hommes les plus distingués de France. Aucune des nobles facultés humaines n'était restée sans culture en elle, et, comme un arbrisseau d'une sève choisie, tous ses bourgeons avaient donné des ramures. Jamais l'amour et le bonheur ne poseront leur couronne fleurie sur un front

plus beau. Son mari Ta trompée ; elle a aimé un antre homme, et elle se meurt'de désespoir,

PERDICAN

Cela* est possible.

CAMILLE. « '

Nous habitons la môme cellule, et j'ai passé des nuits . entières à parler de ses malheurs; ils sont presque devenus les miens ; cela est singulier, n'est-ce pas ? Je ne sais trop comment cela se fait. Quand elle me pariait de son mariage, quand elle me peignait d'abord l'ivresse des premiers jours, puis la tranquillité des autres, et comme enfin tout s'était envolé; comme elle était assise le soir au coin du feu, et lui auprès de la fenêtre, sans se dire un seul mot; comme leur amour avait langui, et comme tous les efforts pour se rapprocher, n'aboutissaient qu'à des querelles ; comme une figure étrangère est venue peu à peu se placer entre eux et se glisser dans leurs souffrances; c'était moi que je voyais agir tandis qu'elle parlait. Quand elle disait; Là, j'ai été heureuse, mon cœur bondissait; et quand elle ajoutait : Là, j'ai pleuré, mes larmes coulaient Mais figurez-vous quelque chose de plus singulier encore; j'avais fini par liie créer une vie imaginaire; cela a duré quatre ans; il est inutile devons dire par combien de réflexions, de retours sur moi-môme, tout cela est venu. Ce que je voulais vous raconter comme une curiosité, c'est que tous les récits de Louise, toutes les fictions de mes rôves portaient votrç ressemblance.

PERDICAN

Ma ressemblance à moi?

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