ACTE III, SCÈNE VI. tS
et jouer rindifférent malgré son dépit. Est-ce qu'il cn'aimerait, par hasard ?
Elle lève la tapisserie.
Es-tu là, Rosette ?
ROSETTE, entrant.
Oui, puis-je entrer ?
CAMILLE
Écoute-moi, mon enfant ; le seigneur Perdican ne te fait-il pas la cour?
ROSETTE
Hélas I oui.
CAMILLE
Que penses-tu de ce qu'il t'a dit ce matin?
ROSETTE
Ce matin ? Où donc ?
CAMILLE
Ne fais pas l'hypocrite. — Ce matin, à la fontaine, dans le petit bois.
ROSETTE
Vous m'avez donc vue ?
CAMILLE
Pauvre innocente I Non, je ne t'ai pas Tue. Il t'a fait de beaux discours, n'est-ce pas? Gageons qu'il t'a promis de t'épouser.
ROSETTE
Comment le savez-vous?
CAMILLE
Qu'importe comment je le sais I Crois-tu à ses promesses, Rosette f
ROSETTE
Comment n'y croîraîs-je pas ? il me tromperait donc? Pom'quoi faire?
CAMILLE
Perdican ne t'épousera pas, mon enfant.
ROSETTE
Hélas I je n'en sais rien.
CAMILLE
Tu l'aimes, pauvre fille; il ne t'épousera pas, et la preuve, je vais te la donner ; rentre derrière ce rideau, tu n'auras qu'à prêter l'oreille et à venir quand je t'appellerai.
Rosette sort.
CAMILLE, seule.
Moi qui croyais faire un acte de vengeance, feraîs-je un acte d'humanité ? La pauvre fille a le cœur pris.
Entre Perdican.
Bonjour, cousin, asseyez-vous.
Quelle toilette, Camille I A qui en voulez-vous ? camili:e.
Avons, peut-être; je suis fâchée de n'avoir pu me rendre au rendez-vous que vous m'avez demandé; vous aviez quelque chose à me dire?
perdican, à part.
Voilà, sur ma vie, un petit mensonge assez gros pour un agneau sans tache ; je l'ai vue derrière un arbre écouter la conversation.
Haut.
Je n'ai rien à vous dire qu*un adieu, Camille; je
^CTE lit, SCÈNE VI. 2S3
croyais que vous partiez ; cependant votre cheval est à récurie, e* ^ous n'avez pas l'air d'être en robe de voyage,
CAMILLE
Jlîime la discussion ; je ne suis pas bien sûre de ne pas avoir eu envie de me quereller encore avec vous,
PERDICAN
A quoi sert de se quereller, quand le raccommodement est impossible ? Le plaisir des disputes, c'est de faire la paix.
CAMILLE
Êtés-vous convaincu que je ne veuille pas la faire ?
Ne raillez pas; je ne suis pas de force à vous répondre.
CAMILLE.-
Je voudrais qu'on me fît la cour; je ne sais si c'est que j'ai une robe neuve, mais j'ai envie de m'amuser. Vous m'avez proposé d'aller au village, allons-y, je veux bien; mettons-nous en bateau; j'ai envie d'aller dîner sur l'herbe, ou de faire une promenade dans la forêt. Fera-t-il clair de lune, ce soir? Gela est singulier, vous n'avez plus au doigt la bague que je vous ai donnée?
PERDICAN
Je l'ai perdue.
CAMILLE
C'est pour cela que je l'ai rouvée; teneï, Perdîcani la voilà.
284 OBI NE EADINE PAS AVEC L'aMOUR.
PERDICAN
Est-ce possible ? Où l'avez-vous trouvée'?
CAMILLE
Vous regardez si mes mains sont mouillées, n'est-e^ pas ? En vérité, j'ai gâté ma robe de couvent pour reurer ce petit hochet d'enfant de la fontaine. Voua pourquoi j'en ai mis une autre, et, je vous dis, cela m'a changé; mettez donc cela à votre doigt,
PERDIGAN.
Tu as retiré cette bague de l'eau, Camille, au risque de te précipiter? Est-ce un songe ? La voilà; c'est toi qui me la mets au doigt ! Ah I Camille, pourquoi me le rends-tu, ce triste gage d'un bonheur qui n'est plus ? Parle, coquette et imprudente fille, pourquoi pars-tu? pourquoi restes tu? Pourquoi, d'une heure à l'autre, changes-tu d'apparence et de couleur, comme la pierre de cette bague à chaque rayon du soleil?
CAMILI£.
Connaissez- vous le cœur des femmes, Perdican? Êtes-vous sûr de leur inconstance, etsavez-vous si elles changent réellement de pensée en changeant quelquefois de langage ? Il y en a qui disent que non. Sans doute, il nous faut souvent jouer un rôle, souvent mentir ; vous voyez que je suis franche; mais êtes-vous sûr que tout mente dans une femme, lorsque sa langue ment ? Avez- vous bien réfléchi à la nature de cet être faible et violent, à la rigueur avec laquelle on le juge, aux principes qu'on lui impose? Et qui sait si, forcée i tromper par le monde, la tête de ce petit être sans tervelle ne peut pas y prendre plaisir, et mentir quel-