‹ Comédies & proverbes, Volume 1Chapitre 190 sur 238 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

u'Liac.

Quand le ciel est ainsi chargé de pluie et de brouilard, je ne sais que devenir.

BARBERINE

Mon cher seigneur, je vous demande une grâce.

ULRIC

Quel hiver! quel hiver s'apprête! quels chemin»! quel temps 1 le nature se resserre en frissonnant, comme si tout ce qui vit allait mourir.

lARBERmE.

Je vous prie d*abord de m'écouter, et en second lieu de me faire une gràca.

ULRIC

Que veux-tu, mon âme? pardonne-moi ; je ne sais ce que j'ai aujourd'hui.

BaRBERINE.

Ni moi non plus, je ne sais ce que tu as, et la grâce que vous me ferez, Ulric, c'est de le dir^ à votre femme.

ULRIC

Eh ! mon Dieu! je n'ai rien à te dire, aucun secret.

BARBERINE

Je ne suis pas. une Porcia; je ne me ferai pas une piqûre d'épingle pour prouver que je suis courageuse. Mais tu n'es pas non plus un Brutus, et tu n'as pas envie de tuer notre bon roi Mathias Gorvin. Écoute, il n'y aura pas pour cela de grandes paroles, ni de serments, ni môme bjBSoin de me mettre à genoux. Tu as du chagrin. Viens près de moi ; voici ma main, — c'est le vrai chemin de mon cœur, et le tien y viendra si je rappelle.

304 BÂRBERINE.

ULRIC

Gomme tu me le demandes naïvement, je te répondrai de même. Ton père n'était pas riche ; le mien Tétait, mais il a dissipé ses biens. Nous voilà tous deux, mariés bien jeunes, et nous possédons de grands titres, mais bien peu avec. Je me chagrine de n'avoir pas de quoi te rendre heureuse et riche, comme Dieu Va rendue bonne et belle. Notre revenu est si médiocre! et cependant je ne veux pas Taugmenter en laissant pâiii nos fermiers. Ils ne payeront jamais, de mon vivant, plus qu'ils ne payaient à mon père. Je pense à me mettre au service du roi, et à aller à la cour.

BARBERINE

G -est en effet un bon parti à prendre. Le roi n'a janiaù mal reçu un gentilhomme de mérite ; la fortune ne se fait point attendre de lui quand on te ressemble.

ULRIC

G'est vrai ; mais si je pars, il faut que je te laisse ici, car pour quitter cette maison où nous vivons à ai grand peine, il faut être sûr de pouvoir vivre ailleurs, et je ne puis me décider à te laisser seule.

BARBERINE

Pourquoi?

ULRIC

Tu me demandes pourquoi? et que fais-tu donc mainr tenant? ne viens-tu pas de m'arracher un secret que j'avais résolu de cacher? et que t'a-t-il fallu pour cela, un sourire.

BARBERINE

Tu es jaloux?

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